Le gouvernement Djerad a fini par reconnaître que la situation économique et financière que traverse le pays est pour le moins délicate et nécessite des cures de fond plutôt que des palliatifs de conjoncture.

« La situation financière est particulièrement fragile », a indiqué le Premier ministre, fraîchement installé, dont l’Exécutif est appelé à affronter l’une des situations les plus complexes que connait le pays. Bien évidemment, Abdelaziz Djerad fait référence au retournement de situation que connait le marché pétrolier depuis quelques semaines déjà, et dont les cours du brut sont à leur plus bas niveau depuis une année.
Au rythme où vont les choses, la rechute des prix du pétrole pourrait accélérer le creusement de la balance des paiements et, par la même, la fonte des réserves de change, dont l’encourt se situe désormais à 62 milliards de dollars. Abdelaziz Djerad a en partie raison lorsqu’il dit que la situation est si complexe parce que la gestion politique de ces dernières années a été, selon lui, « catastrophique». Ne souffrant d’aucune ambiguïté, les deux derniers gouvernements d’Abdelaziz Bouteflika, de par leur passivité face à la crise dans laquelle le pays s’est empêtré depuis 2014, ont une grosse responsabilité dans l’état de fragilisation des comptes publics et extérieurs. En moins de trois ans, les deux précédents gouvernements, plutôt que d’amorcer les réformes économiques et budgétaires nécessaires pour faire face à la crise, n’ont fait que perpétuer la politique de dépenses et qui s’est soldée par le tarissement des avoirs du Fonds de régulation des recettes, dont les soldes étaient de plus de 5000 milliards de dollars à la mi-2014. En moins de cinq années également, le stock du pays en devises, investi dans les banques souveraines occidentales, est passé de près de 194 milliards de dollars à la mi-2014 à 62 milliards de dollars aujourd’hui, faisant ainsi perdre au pays un peu plus de 132 milliards de dollars. Abdelaziz Djerad a donc vu juste quant à la responsabilité des précédents gouvernements concernant la situation financière et économique dans laquelle se débat le pays aujourd’hui. Cependant, son gouvernement ne s’est pas gardé de reprendre l’essentiel des mesures prises par les précédents gouvernements, dont la loi de finances dans laquelle figurent des dispositions aussi sensibles que controversées, à savoir, entre autres, l’endettement extérieur, la suppression de la règle du 51/49%, l’austérité qu’a affecté le budget de l’investissement, la suspension de la planche à billets, alors que nombre de députés soulevaient, hier, la question du financement du plan d’action du gouvernement à l’heure où les ressources se sont presque complètement évaporées… Le gouvernement Djerad dit vouloir se débarrasser de l’héritage embarrassant du précédent Exécutif au travers d’une loi de finances complémentaire qui devrait apporter des correctifs à certaines fausses notes, dont la fiscalité contenue dans la loi de finances 2020. «J’ai proposé au Président de la République l’élaboration d’une loi de finances complémentaire qui verra entre autres la suppression des dispositions fiscales touchant les travailleurs du Sud et les professions libérales et qui avaient pour objectif de créer la zizanie », a indiqué le Premier ministre, décochant ainsi des flèches d’une rare violence à l’adresse de son prédécesseur Noureddine Bedoui. Sauf que, ce dernier, du point de vue réglementaire, il n’avait de prérogatives que de gérer les affaires courantes même s’il a largement outrepassé ses compétences. En définitive, Abdelaziz Djerad s’est rendu à l’évidence, hier, que la mission pour laquelle il a été appelé se révèle complexe et périlleuse et croit que les précédents gouvernements ont une grande responsabilité quant à l’état de fragilité dans laquelle sont les comptes de l’Etat.