Quand il débarque en conférence de presse, Djamel Belmadi ramène avec lui son franc-parler. Aux côtés d’Adem Zorgane, qui s’est présenté avec lui pour le face-à-face avec les journalistes, le sélectionneur de l’équipe nationale a abordé plusieurs points importants avant la rencontre face au Djibouti ce soir. Le show a commencé d’emblée avec un constat net et un avis très tranché sur l’état de la pelouse de Mustapha Tchaker qu’il a jugé catastrophique évoquant même un sabotage. Extraits.

Par Mohamed Touileb
Au moment d’évoquer la négligence et la dégradation de la pelouse de l’antre blidéen, il n’est pas allé par quatre chemins. Tout simplement, Belmadi a parlé de «calamité et de sabotage» en lâchant un cinglant : «qu’on ne vienne pas me parler de conditions climatiques. Je vis dans un pays (Qatar) où il fait 60 degré actuellement et il n’y a jamais de problème du genre.»
Clairement écœuré par cette situation, le premier le successeur de Rabah Madjer a indiqué «même nous on aurait dû demander à être délocalisés dans ce cas. Il n’y a pas de terrain en Algérie. C’est un fait.» Outre le handicap que cela peut poser en matière de production de jeu, le coach a peur pour ses joueurs : «on parle avant tout de sécurité. C’est une pelouse dangereuse. Il peut y avoir des accidents. Déjà sur l’éthique, ça ne se fait pas. Ça profite aux équipes qui viennent défendre», estime-t-il.
«Les héros en salopette»
Le fait de voir le rectangle de vérité se détériorer d’une manière considérable depuis le mois de juin a désabusé Belmadi qui explique qu’ayant eu «une pelouse surprenante plus que les attentes, nous avions décidé d’élire domicile à Tchaker pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2022. Les responsables du stade étaient même contents qu’on joue là-bas. Mais rien n’a été fait pour la préserver.»
Pour sa visite de prospection, il a affirmé être : «resté 15 secondes, je suis reparti. Il y avait 10 personnes en costumes qui m’attendaient. Je ne les ai même pas saluées. Je n’aime pas les héros en salopette.» L’ancien entraîneur d’Al-Duhail SC (Qatar) a aussi raconté les raisons de cette condamnable dégradation des lieux en révélant : «J’ai su que le responsable de l’entretien a dit à un gars de la FAF: ‘’Moi, on ne m’a pas signé la convention de l’entretien du terrain’’. Il a laissé la pelouse se dégrader et a préféré jouer avec le feu. C’est juste pour avoir une idée sur la manière dont les gens font leur travail.» Limpide.

Tenir le match au Maroc loin de «la paranoïa excessive»
Pour revenir à l’aspect purement sportif et la sortie importante contre le Djibouti ce soir sur le jardin mal-entretenu de la ville des Roses, Belmadi ne veut pas trouver d’excuses. Il a reconnu «ne pas avoir un terrain praticable n’est pas réjouissant. Je suis lassé et dépité. Je ne vais pas m’énerver et je ne vais pas trouver d’excuses. Même si c’est une sacrée excuse.»
En gros, le coach des «Verts» ne veut pas que les saboteurs gagnent. C’est pour cela qu’il reste focalisé sur les objectifs qu’il s’est fixés avec ses joueurs. D’ailleurs, il a déjà une idée sur la physionomie de la partie. «Les joueurs sont des professionnels. On va jouer contre une équipe qui va sûrement venir défendre. On va jouer ce match avec 100% d’engagement. Je vous ai dit qu’il y a plein d’éléments qui font qu’on n’est pas prêts pour la première date FIFA. Mais on a toujours l’ambition de prendre un maximum de points, et plus que jamais lors des qualifications de CDM», assurera l’ancien driver de la sélection qatarie.
Dans la foulée, il insistera sur le fait qu’«il ne faut pas sous-estimer les équipes. Les joueurs savent que pour certains, c’est leur dernière chance de jouer une coupe du monde. J’ai dit aux plus jeunes de faire attention et de ne pas se dire qu’il y en aura d’autres.» Pour le second match, programmé le 7 septembre prochain, contre le Burkina Faso chez le voisin marocain, Belmadi s’attend à avoir «une meilleure pelouse à Marrakech. Le déplacement d’une heure n’est pas à négliger au niveau de la récupération» A propos du contexte diplomatique tendu entre l’Algérie et le Royaume de Mohamed VI, Belmadi ne se fait pas franchement du souci : «On va jouer au Maroc. Est-ce un problème ? Normalement, ce n’est pas censé l’être. On y va sans paranoïa excessive.»

«On sait ce que le peuple veut»
En revanche, s’il y a un paramètre que l’ex-international algérien craint, c’est l’arbitrage. Surtout après ce qui s’est passé lors des dernières sorties amicales des Verts contre le Zimbabwe en mars dernier. «Je peux parler d’arbitrage car on en a fait les frais récemment. L’arbitre a été sanctionné 3 mois. Je ne suis pas là pour faire des polémiques, il vaut mieux prévenir que guérir.»
Le technicien sait qu’un referee malintentionné peut fausser tous les plans. Surtout quand l’enjeu est un «pass» pour disputer le Mondial qatari, objectif majeur pour Belmadi. Sur le papier, la première étape, qui consiste à sortir indemne de la poule «A», semble dans les cordes des «Guerriers du Désert». Néanmoins, l’ancien numéro 10 de l’Olympique Marseille retient le fait qu’«une qualification en CDM n’est pas facile. Nous sommes réalistes et objectifs» en rappelant que «le Burkina s’est presque qualifié en CDM en 2014, heureusement que Madjid Bougherra était là (c’était lui le buteur lors du succès 1-0 à Tchaker NDLR).»
L’enjeu n’est pas seulement sportif. Belmadi en est pertinemment conscient. «On sait ce que le peuple veut. Le football est important en Algérie même si ça reste du sport. C’est un élément de motivation même si les supporters ne seront pas au stade. On est conscients qu’on a tous les algériens comme 12e homme», déclare-il. Et c’est à partir de ce soir que la route vers le Qatar sera amorcée. Du bon pied on l’espère. n

Belmadi a dit
Sur les blessures récurrentes de Youcef Atal : «on est tous accablés à chaque fois qu’il se blesse. C’est devenu même une crainte. Sa blessure fait mal pour lui car il devra travailler psychologiquement dans un premier temps. C’est difficile de s’en sortir ! Atal est un joueur de qualité. On le soutient et il le sait. Si besoin, notre staff est à sa disposition. Je suis souvent en contact avec lui. On fait tout ce qu’on peut. Il a compris les erreurs du passé mais je ne vis pas avec lui non plus.»
n Sur l’absence d’Adlène Guedioura : «Guedioura vit une situation compliqué car il est sans club. C’est une situation qui ne lui permet pas d’être présent. C’est vrai qu’il a eu un impact énorme sur notre dernier sacre mais le football est une mise à jour constante. On s’oriente On s’oriente vers le présent et l’avenir. Cependant, s’il retrouve un club, il redeviendra sélectionnable. On ne parle pas d’âge avec moi.»
n Sur la non-sélection d’Adam Ounas : «Le premier critère pour Ounas est le temps de jeu. Il n’est pas pleinement concerné car il était occupé par un éventuel transfert. Il était partant jusqu’à minuit. Voilà la raison de sa non-sélection. On sait tous ce qu’il peut apporter, j’espère qu’il s’imposera à Naples.»
n Sur la générosité des joueurs : « Je n’ai pas de doute sur la générosité des joueurs. Ils sont même demandeurs. Généralement, les primes de matchs sont additionnées à une prime d’objectif. Nous n’avions pas de prime de matchs pour les qualifications de la CAN et nous ne la connaissions pas avant. Hier le président s’est réuni avec les cadres de l’équipe à ce sujet. L’aspect financier ne sera jamais un problème. Il y a du mérite, ce sont des professionnels. Cela se fait dans la tranquillité et surtout pas dans l’exagération. Mes joueurs sont dans cet état d’esprit.»
n Don de solidarité COVID-19 : «l y a 15 jours, on a discuté entre nous. J’ai fait une demande aux joueurs. On a récolté 250.000€ en 48h pour acheter des concentrateurs d’oxygène. C’est une preuve d’amour pour l’Algérie une fois de plus.»