Par Rachid Hamatou
Après 4 ans de procès sans interruption, le Conseil d’Etat décide, le 23 juillet 2020, définitivement et en dernier ressort d’annuler le jugement du Tribunal administratif d’Annaba et ordonne à l’APC d’Annaba d’inscrire la fille Tanila sous son prénom amazigh.
Un citoyen algérien, père de famille, Abdelmadjid Labidi, résidant à Annaba, il y a plus de 3 ans, s’est présenté à l’APC de Annaba, service des enregistrements des nouveau-nés, pour inscrire sa fille sous le prénom de Tanila, «colombe», mais aussi «fleur» en tamazight, polysémie oblige. Mais à son grand désarroi, l’agent de service l’informe que ce prénom n’existe pas dans les registres de l’APC et qu’il est impossible de le notifier.
Commence alors le parcours du combattant pour M. Labidi, mais aussi de son épouse, qui ne voulaient d’autres prénoms que celui-là. Ironie ou destin, ils font appel à Maître Koceila, un autre prénom longtemps banni, mais qui a fini par s’imposer. L’avocat semble connaître l’antidote : patience, justice et connaissance de l’histoire millénaire de l’Algérie.
Débouté, le père de Tanila n’a jamais baissé les bras ainsi que son avocat, qui ont eu le soutien massif du mouvement culturel associatif à travers le pays, Batna, Oum el Bouaghi, Tizi Ouzou, Ghardaïa et la ville de Annaba, où des citoyens ont manifesté leur total soutien quant au droit du père de famille de donner le prénom amazigh qu’il souhaite.
L’affaire avait pris une dimension nationale, puisque les plus hautes institutions de l’Etat se sont prononcées sur le sujet «sans pour autant proposer une solution juste et équitable», nous dit Maître Koceila, qui a tenu à informer des institutions internationales pour faire plier une administration «inique, arrogante et aveugle», selon les correspondances du mouvement associatif. Le Haut-commissariat à l’amazighité avait proposé plus de mille prénoms, comme contribution pour le dénouement de cette affaire. Cette proposition est restée comme directive et n’est jamais devenue loi, comme aurait dû le faire le ministre de l’Intérieur de l’époque.
Si le père a obtenu gain de cause, après une longue bataille, il n’est pas dit que ce genre de pratique a cessé. Maître Zerguine estime, quant à lui, que «ce n’est qu’une bataille de gagnée et les bureaucrates et scribouillards remettront ça un jour ou l’autre, seule une loi et non une décision mettra fin à cette pratique ridicule». Il invoque, et à juste titre, le retour à l’ancienne toponymie (noms des lieux à travers le pays), «on s’est rendu compte que les noms actuels ne veulent rien dire, alors respectons les lieux et les habitants des lieux», nous dit-il pour conclure.
Une autre victoire de l’histoire sur l’Administration qui refuse de voir en face l’histoire de ce pays.