Le premier weekend officiel de la saison estivale 2022, lancé en grand pompe à Tipasa avec la touche ludique d’une sirène qui voulait donner le ton de renouer avec la joie estivale des journées en bord de mer après deux années de pandémie de Covid-19, a été entaché par la mafia des plages dont les actes violents relayés sur les réseaux sociaux à travers plusieurs vidéos témoignent du climat d’insécurité dans lequel ont été plongés les estivants.

Par Sihem Bounabi
En effet, que ce soit au centre, à l’Est ou à l’Ouest, ce sont les mêmes images d’altercation, de racket et de bagarres générales qui se répètent tels un mal profond qui contamine les côtes algériennes. Malheureusement, cette année encore n’a pas échappé au diktat de la mafia des plages, qu’il soit loueur de parasols, de tentes, de chaises ou encore les fameux parkingueurs qui imposent des prix invraisemblables.
Samedi dernier, un internaute, ulcéré par le comportement de jeunes organisés en bande pour racketter ceux qui n’aspirent qu’à passer une paisible journée en bord de mer, a posté une vidéo en direct de Déca plage à Aïn Taya, où des jeunes obligent les estivants à louer des parasols.
La formule de location de parasol, de table, de chaise est la méthode détournée de ces bandes pour racketter les estivants avec des menaces à peine voilées.
En effet, même si les estivants ont leur propre matériel de plage et essaient de s’opposer à ces jeunes, la situation tourne rapidement à l’altercation et peut dégénérer rapidement. Cette année les prix de ces rackets ont flambé également. Avant la pandémie, la location de parasol était autour de 800 DA et la place de parking en moyenne de 100 à 150 DA, la saison estivale 2022 voit les prix doubler. La location d’un parasol tourne autour de 1 500 DA et les prix de parking varient entre 200 et 300 DA échappant à tout contrôle de la part des autorités.
La plage des Canadiennes, à Aïn Taya, considérée pendant des années comme un havre de paix pour les familles et les groupes de jeunes filles, qui peuvent passer des journées sur cette plage en toute quiétude et sécurité, est aujourd’hui victime de sa bonne réputation. La mafia des parasols et des parkings des plages règne sur les lieux en toute impunité et met en péril la sécurité des estivants.
En effet, une vidéo également diffusée sur les réseaux sociaux témoigne de la gravité de la situation lorsqu’une bagarre violente a éclaté entre les loueurs de parasols et les parkingueurs. Dans la panique générale, certains estivants ont été blessés, atteints par les projectiles des bagarreurs, ou carrément piétinés par ceux qui voulaient sauver leur peau.
Là où le bât blesse, c’est que, selon les témoignages des riverains, dès que la gendarmerie a quitté les lieux après avoir interpellé les belligérants et procédé à la saisie des tables et des parasols, les racketteurs ont rapidement réinvesti les lieux, au grand dam des estivants qui ne savent plus à qui s’adresser pour que la loi puisse enfin être appliquée. Certes, la Gendarmerie nationale est intervenue, selon plusieurs témoignages, au niveau des plages sur tout le territoire national, mais cela reste insuffisant car dès qu’ils repartent les jeunes racketteurs reviennent à la charge.

Faire respecter la gratuité des plages
Pourtant selon le discours des autorités compétentes sur ce dossier, tous les moyens ont été mis en place pour faire respecter «l’obligation d’appliquer le principe de gratuité de l’accès aux plages consacré par la loi 03-02 du 17 février 2003, fixant les règles générales et d’exploitation touristiques des plages».
Ainsi pour la wilaya d’Alger, le directeur du tourisme et de l’artisanat de la wilaya d’Alger, Mokdad Tabet, a affirmé le 17 juin dernier, à l’occasion du lancement de la saison estivale, que la commission de préparation de la saison estivale 2022 dans la wilaya d’Alger est dotée de tous les moyens nécessaires pour accueillir les estivants et remédier aux insuffisances enregistrées au cours des dernières années. Il a également affirmé que l’accent a été mis sur «l’interdiction d’octroi d’autorisations aux exploitants qui imposent leur contrôle sur les plages en demandant aux citoyens de payer des frais supplémentaires pour la location de parasols, de chaises et de tables».
Il a ajouté que la présence des agents de sécurité, de la Protection civile et de la Gendarmerie nationale a également été renforcée pour assurer la sécurité et le bien-être des estivants.
Sur la problématique des parkings, il a également affirmé que le wali d’Alger a chargé l’Etablissement de gestion de la circulation et des transports urbains de la wilaya d’Alger de gérer les parkings qui se trouvent à proximité des plages en proposant des prix raisonnables à la portée des familles en vue de mettre fin à la gestion arbitraire de ces espaces.
Ainsi pour la saison estivale 2022, qui s’étale jusqu’au 30 septembre prochain, des instructions ont été données aux communes concernées pour veiller à la gestion de ces plages à travers la désignation de cadres compétents et la coordination des actions avec les différents services «pour soumettre des rapports sur les insuffisances et les infractions enregistrées».
Mais quelques jours à peine après le début de la saison estivale 2022 à Annaba, à Oran en passant par Jijel, Alger et Tipasa, les Algériens sont confrontés aux risques du racket et à la violence de la mafia qui sévit tout au long du littoral algérien.
Dans une déclaration au site électronique TSA, Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), juge cette situation «d’inadmissible et d’inacceptable». Il a également précisé : «Nous avons lancé des alertes mais c’est toujours le même scénario qui se répète et qui prend de l’ampleur chaque année.» Afin d’éviter le drame des pères de famille qui ont payé de leur vie les frais de leur résistance au payement d’une place de parking ou d’un parasol, le président de l’Apoce lance un appel urgent aux autorités pour «intervenir maintenant, nous ne sommes qu’au début de la saison estivale. Il faut mettre un terme à ça rapidement».
En attendant, une réelle mobilisation des autorités pour mettre fin à cette mafia des plages qui agit en bandes organisées munies souvent de gourdin et accompagnées de chiens de garde pour terroriser les plus récalcitrants au chantage de racket, les Algériens n’ont pas d’autre choix que de céder ou se priver de plage dans un pays qui compte des centaines de kilomètres de côte.