Synthèse de Feriel Nourine
L’Algérienne des eaux (ADE) détient à fin 2020 des créances de 57 milliards de dinars auprès de ses abonnés, a fait savoir, hier, un chef de division de cette entreprise, Hocine Himrane.
Considérant qu’il s’agit d’un chiffre «alarmant», ce dernier a précisé que 66% du montant des créances sont détenus auprès des ménages, contre 30% auprès des administrations. «Malgré les recouvrements de l’ordre de 28 millions de dinars réalisés, notre balance est déficitaire à cause du niveau des créances», a souligné le même responsable à l’occasion d’une journée d’étude, organisée par le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) sur le thème de «la rationalisation de la consommation».
S’agissant des créances des administrations, le responsable a fait état de 17 milliards de dinars de créances, dont 10 milliards de dinars constitués uniquement des dettes des APC. Le portefeuille d’abonnés de l’ADE s’élève à 5,83 millions de clients répartis sur 1 010 communes du pays.
Evoquant les capacités de cette entreprise, qui met à la disposition de ses clients 5,5 millions de mètres cubes quotidiennement, le responsable a précisé que l’ADE dispose de 4 000 forages, 351 sources, 1 792 stations de pompages, 7 500 réservoirs, un linéaire de canalisations de 83 000 kilomètres, ainsi que 91 stations de traitement d’eau.
Dans ce sens, M. Himrane a mis l’accent sur les efforts fournis par l’Etat à travers ses différents démembrements pour assurer la disponibilité de l’eau, mais a relevé, toutefois, «le déséquilibre existant entre les coûts et les rentrées en raison de la tarification administrée de l’eau potable qui n’a pas subi de réaménagement depuis janvier 2005 à raison de 6,3 dinars le mètre cube». Quant au coût de revient réel du même mètre cube d’eau, il dépasse les 56 dinars, a souligné l’intervenant, ajoutant que le Trésor public décaisse en moyenne 50 milliards de dinars annuellement pour payer les factures d’eau auprès des sociétés gérant les stations de dessalement d’eau de mer.
Pointant du doigt le phénomène du gaspillage de cette denrée précieuse, il affirme qu’il s’agit d’«une responsabilité partagée et l’affaire tous». «Nous avons l’obligation d’assurer la disponibilité de l’eau et en même temps la rentabilité. Le citoyen a aussi la responsabilité de ne pas gaspiller cette ressource», a-t-il insisté. Pour lutter contre ce gaspillage, l’ADE prend plusieurs mesures, a-t-il poursuivi, citant notamment la réparation des fuites visibles qui ont atteint, selon lui, plus de 280 000 l’an dernier, alors que d’autres équipes de l’entreprise procèdent à la détection des fuites invisibles à travers des équipements acoustiques et de géo-radars. Ces fuites sont principalement liées à la vétusté des canalisations du réseau dont certaines ont plus de 50 ans d’âge. «L’ADE réhabilite chaque année entre 2 000 à 3 000 kilomètres de son réseau pour atteindre à l’horizon 2030 les performances reconnues mondialement avec un taux de rendement de 80 %», a-t-il fait savoir. Le branchement illicite constitue également une pratique courante à laquelle fait face l’ADE. Ce sont 70 000 opérations du genre qui ont été détectées par l’agence à ce jour, a encore fait savoir le même responsable.
Insistant sur «la sensibilisation des citoyens à travers les campagnes d’information pour préserver les ressources hydriques s’impose», le chef de division au sein de l’ADE n’a pas manqué de plaider pour «le réaménagement tarifaire, notamment pour les gros consommateurs et ceux qui exploitent l’eau comme matière première. n