Par Khaled Remouche
En excluant l’endettement extérieur et en l’absence d’un climat des affaires favorable aux IDE et à la création de richesse ainsi que du facteur confiance et des incitations fortes pour intégrer l’argent de l’informel, le gouvernement se trouve face à une situation très délicate.
Le gouvernement aura fort à faire d’ici la» de l’année et en 2022 pour éviter à l’Algérie un amenuisement de ses réserves de change et de frapper aux portes du FMI en 2023. Sa tâche sera compliquée durant cette période avec un déficit budgétaire de 3 000 milliards de dinars, en 2021, et 4 000 milliards de dinars en 2022, soit un niveau sans précédent dans l’histoire économique du pays. Commençons par le retour aux équilibres macro-économiques. La bouffée d’oxygène constituée par une hausse importante des prix du pétrole, qui fait augmenter les recettes en devises tirées des exportations d’hydrocarbures contribuera-t-elle à équilibrer la balance des paiements ? Le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar vient d’affirmer qu’avec la hausse des prix du pétrole, les recettes en devises tirées des exportations d’hydrocarbures atteindraient, en 2021, 33 milliards de dollars. Avec les 4 à 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, cela permettra d’équilibrer la balance commerciale, voire de réaliser un excédent de la balance commerciale, encouragée par les restrictions aux importations de marchandises.
L’équilibre de la balance des paiements dépendra des importations de services estimées à 11-12 milliards de dollars. Il est clair que si, en 2021 et 2022, elle atteint ce niveau, l’Algérie s’achemine vers un déficit de la balance des paiements. Ce déficit sera moindre durant cette période par rapport à ceux des années antérieures, reconnaissons-le, laissant espérer un amortissement net de la fonte des réserves en devises, voire dans un scénario optimiste, un maintien de ses réserves en devises à 40 milliards de dollars. Traduire : une situation»ancière qui nous éloigne provisoirement d’un plan d’ajustement structurel.
Mais le facteur le plus dangereux, actuellement, et qui risque de compliquer le redressement de l’économie nationale et de compromettre la paix sociale, est bel et bien l’énorme déficit budgétaire en 2021 et 2022. Comment sera-t-il»ancé ? Par le recours aux ressources de la Banque centrale. Ce»ancement monétaire du trou budgétaire sera-t-il suffisant ? Il semble que non, puisque le gouvernement a recouru au»ancement monétaire non conventionnel, c’est-à-dire, à la planche à billets, avec ses conséquences négatives en termes d’inflation. Il fragilise de surcroît le bilan de la Banque centrale.
Plusieurs alternatives s’offrent au gouvernement pour»ancer ce déficit budgétaire, l’endettement extérieur, le recours à l’argent de l’informel. Première option, le gouvernement exclut l’endettement extérieur, à l’exception du»ancement des grands projets structurants, port du centre, complexe phosphates de Tébessa par les fonds d’investissement chinois. Son usage est donc limité. Mais il faut noter que l’endettement extérieur n’est pas dangereux, selon de nombreux spécialistes, si les crédits extérieurs»ancent les bons projets, c’est-à-dire rentables, qui permettent de rembourser aisément cette dette. Quant à l’argent de l’informel, sa mobilisation demandera du temps en l’absence du facteur confiance et d’incitations fortes pour intégrer ce secteur.
La tâche semble donc plus compliquée en l’absence du recours à court terme à deux options. L’autre facteur est la réduction des dépenses publiques avec la réduction des subventions. Eu égard à l’importance de ce poste de dépense dans le budget de l’Etat, effectivement, l’application de cette mesure réduira le déficit budgétaire de manière sensible. Elle sera bénéfique aux ménages à faibles revenus mais elle impactera les couches moyennes, qui constituent la colonne vertébrale sur laquelle repose le pays. En l’absence de mesures pour amortir les conséquences de la réduction des subventions sur les couches moyennes, il est clair que nous n’allons pas vers la paix sociale. Il faut noter, cependant, qu’en l’absence jusqu’ici de mécanisme d’identification des couches démunies et du caractère sensible de cette question, l’application des subventions pourrait être reportée à 2023 ou 2024. <