Par NAZIM BRAHIMI
Si la position officielle de l’Algérie vis-à-vis du rapport réalisé par l’historien français, Benjamin Stora, sur «les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie» n’est pas encore connue, la demande algérienne en relation avec les essais nucléaires français dans le Sud algérien est plutôt clairement exprimée sur cet aspect du contentieux algéro-français.
La position de l’Algérie à ce propos est ainsi exprimée dans la revue El Djeich de l’Armée nationale populaire (ANP), par la voix du général Bouzid Boufrioua, chef de service du génie de combat du Commandement des forces terrestres (CFT).
«La France doit assumer ses responsabilités historiques, surtout après que 122 Etats de l’Assemblée générale de l’ONU ont ratifié, le 7 juillet 2017, un nouveau traité sur l’interdiction des armes nucléaires «TIAN», qui vient s’ajouter aux traités antérieurs», a affirmé le responsable militaire, qui a noté que «le principe du ‘pollueur-payeur’ y a été d’ailleurs introduit et reconnu officiellement».
M. Boufrioua a relevé, par la même occasion, que c’est «la première fois que la communauté internationale demande aux puissances nucléaires de rectifier les erreurs du passé», désignant également la responsabilité de la France coloniale «en laissant derrière elle ses déchets, sans donner aucune information sur les risques sanitaires encourus». Il a ajouté que les essais nucléaires ont causé des effets aux risques sanitaires graves sur la population locale, outre les effets négatifs sur l’environnement en général, y compris sur la faune et la flore.
Le 13 février 1960, la France fait exploser sa première bombe atomique, opération baptisée «Gerboise bleue», à Reggane, au Sahara, causant un désastre écologique et humain qui continue de générer des maladies dont des cancers radio-induits. Le premier essai effectué à Reggane, avec une puissance variant entre 60 000 et 70 000 tonnes de TNT explosive, équivaut à une bombe cinq fois plus puissante que celle lancée sur Hiroshima, selon des experts.
«Aujourd’hui, plus de soixante ans sont passés après le premier essai nucléaire en Algérie, la France persiste dans son refus de livrer les cartes révélant la localisation de ses restes nucléaires», est-il écrit dans la même parution, qui souligne qu’il s’agit d’un «droit que l’Etat algérien revendique fortement», sans oublier la question de l’indemnisation des victimes algériennes des essais, conformément à la loi «Morin» du 5 janvier 2010 qui est toujours au point mort. Des experts et associations, algériens et français, estiment que ce décret «n’a, à aucun moment, fait référence aux Algériens qui sont tout simplement exclus de la loi Morin», plaidant pour que certains critères de la loi Morin soient revus, comme cela a été le cas en Polynésie, afin de permettre enfin aux populations victimes en Algérie de déposer un dossier d’indemnisation.
C’est à la lumière des amendements apportés à cette loi en 2013, que l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) avait demandé à mettre en place les modalités de son application. Trente-deux dossiers algériens de reconnaissance et d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara ont été rejetés, en décembre 2012, par la commission ad-hoc mise sur pied à la faveur de la loi Morin, car jugés incompatibles avec cette dernière au motif que «les pathologies déclarées ne rentrent pas dans le cadre de la loi».
Le porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, a abordé en début de semaine la question mémorielle, en déclarant que «la résistance de la France à ne pas reconnaître ses crimes a ses raisons. Elles sont connues de ceux qui ont la nostalgie du passé colonial et l’illusion de l’Algérie française», ajoutant que «le criminel fait généralement l’impossible pour éviter d’admettre ses crimes, mais cette politique de fuite en avant ne peut pas durer».
Saluant la remise par Paris des restes de 24 résistants algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle, en juillet dernier, M. Belhimer a estimé cependant que «l’accomplissement moral le plus important est la reconnaissance des crimes coloniaux de la France».
Au plus haut niveau de la responsabilité, le président français, Emmanuel Macron, s’est engagé à prendre des «actes symboliques» pour apaiser les mémoires sur la colonisation et la guerre d’Algérie (1954-1962) tout en excluant de présenter des excuses.
Pour sa part, le président Tebboune a indiqué, en juillet dernier, dans une interview au journal français l’Opinion, que «l’histoire algérienne ne peut être jugée par mimétisme par rapport à ce qui s’est fait ailleurs, notamment quand la Libye a demandé des excuses à l’Italie qui a ensuite payé une dette coloniale». Il a affirmé que «les Algériens tiennent beaucoup plus à la reconnaissance de l’Etat français de ses actes qu’à une compensation matérielle. La seule compensation envisageable est celle des essais nucléaires. Les séquelles sont encore vives pour certaines populations, notamment atteintes de malformations. Et certains sites n’ont toujours pas été traités». <