Par Lyes Sakhi
61 ans après le premier essai nucléaire français dans le Sahara algérien, la question des indemnisations et de la décontamination des sites est toujours d’actualité. Elle est un des points centraux du dossier mémoriel entre l’Algérie et la France, comme vient de le confirmer le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Dans un entretien au quotidien Horizons Ammar Belhimer affirme en effet que «la question mémorielle est importante et est au centre d’enjeux multiples». Il la résume à «la logique des trois R, à savoir la responsabilité de la France dans les crimes contre l’humanité commis chez nous, la repentance, qui nécessite des excuses pour les maux commis à l’endroit des populations, la réparation, notamment pour le cas des essais nucléaires dans le Sud, compte tenu du principe du droit international pollueur-payeur et d’un principe de droit français».
Avant le porte-parole du gouvernement, le chef de l’Etat s’est exprimé également sur le sujet dans son entretien avec l’hebdomadaire parisien Le Point. «Nous demandons à ce que la France vienne nettoyer les sites des essais nucléaires» et qu’elle «soigne les victimes des essais» car «aujourd’hui encore la contamination fait des victimes», a-t-il déclaré avant d’ajouter que c’est «une opération qui est en bonne voie». A ce propos, le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée, Saïd Changriha, avait donné le 8 avril 2021 une indication selon laquelle la question des essais nucléaires va être abordée dans le cadre Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN). Il recevait alors le chef d’état-major des armées françaises, François Lecointre, et évoquait le dossier en prévision de la réunion du CIHN qui était prévue le 11 avril dernier avant d’être reportée pour une nouvelle date dont l’annonce serait pour bientôt, semble-t-il.
«Je tiens à évoquer la problématique des négociations, au sein du groupe algéro-français, au sujet des anciens sites d’essais nucléaires et des autres essais au Sahara algérien, où nous attendons votre soutien, lors de la 17e session du groupe mixte algéro-français, prévue en mai 2021, pour la prise en charge définitive des opérations de réhabilitation des sites de Reggane et In Ekker, ainsi que votre assistance pour nous fournir les cartes topographiques permettant la localisation des zones d’enfouissement, non découvertes à ce jour, des déchets contaminés, radioactifs ou chimiques», avait indiqué à cette occasion le général de corps d’armée, Saïd Changriha
En février 2021, la revue El Djeich a consacré un numéro à ce dossier demandant à la France d’«assumer ses responsabilités» et de décontaminé les sites irradiés. Durant les journées des 19 et 20 mai 2021 s’est tenue à Paris réunion bilatérale qui a semblé accéléré les discussions même s’il n’est pas exagéré de considérer les déclarations du chef de l’Etat et du porte-parole du gouvernement comme une pression pour que ces discussions soient plus rapidement concrétisées.
Le 25 mai 2021, un porte-parole du Quai d’Orsay confirmait cette réunion, indiquant que «la question des essais nucléaires français en Algérie est un sujet complexe», peut-être en raison du fait que parmi les 17 essais nucléaires réalisés au Sahara algérien, 11 d’entre eux l’ont été entre 1962 et 1966 avec l’accord des autorités algériennes de l’époque, et que les «deux pays travaillent ensemble à le traiter, avec le plus grand sérieux». La même source rappelait que «le groupe de travail franco-algérien sur les essais nucléaires a été créé en 2008 par les autorités des deux pays» et qu’il a pour mission «d’étudier conjointement la question de la réhabilitation des anciens sites d’essais nucléaires au Sahara, avec pour préoccupation première la protection des personnes et de l’environnement».