Après que le secret ait été ébruité, les forces coloniales françaises ont voulu faire admettre que ses essais nucléaires se réalisaient dans des zones inhabitées et désertiques. C’était le 13 février 1960, à Reggane (Adrar) et In Ecker (Tamanrasset). C’était il y a 61 ans, et ces régions désertiques étaient loin d’être inhabitées. Elles englobaient quelque 20 000 personnes.
Et soixante et un ans après les premiers essais nucléaires français en Algérie, les sites où ils ont eu lieu ne sont toujours pas décontaminés, avec une radioactivité toujours active.
La France faisait exploser sa première bombe atomique, l’opération baptisée «Gerboise bleue», dans le ciel de Reggane, au Sahara, causant une catastrophe écologique et humaine qui continue de drainer des maladies dont des cancers radio-induits. L’image des corps déformés des victimes montrés par la télévision algérienne à chaque date funeste du 13-février révèle les séquelles terribles chez la population locale et les nomades.
Le premier essai à Reggane avait une puissance variant entre 60 000 et 70 000 tonnes de TNT explosif, équivalant à une bombe cinq fois plus puissante que celle lancée sur Hiroshima, et qui avait rasé toute la ville avec à la clé 100 000 victimes.
61 ans après, les sites où les essais ont été exécutés n’ont pas été totalement décontaminés, et de fait, les conséquences des radiations demeurent toujours ravageuses et dramatiques avec des séquelles, puisque des cancers et des malformations sont observés chaque année, surtout chez les nouveau-nés.
60 000 fois Hiroshima
«Les effets radioactifs engendrés continuent et continueront encore de causer des cancers, des handicaps et la stérilité», a attesté le Pr Kamel Bouzid, exigeant que «la France nettoie ces sites comme l’avait fait la Russie à Tchernobyl en 1986 et le Japon à Fukushima en 2011.»
Plusieurs associations de la société civile comme celle «13 février 1960» que préside Omar Hamel n’ont jamais arrêté d’exiger, et ce, depuis plusieurs années, «l’impérative nécessité» de la prise en charge des victimes de ces essais nucléaires ainsi que la décontamination des sites des déchets radioactifs, en plus de la restitution des archives sanitaires des victimes des essais dans cette région avant 1962.
En face, la France refusera toute forme d’indemnisation dans le cadre de la loi française du 5 janvier 2010, relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, dite «Loi Morin», malgré 32 dossiers algériens de reconnaissance et d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara transmis à l’Elysée.
Le général Bouzid Boufrioua, dans l’édition de février de la revue du ministère de la Défense, El Djeich, déclare que «plus de 60 ans sont passés après le premier essai nucléaire en Algérie… la France persiste dans son refus de livrer les cartes révélant la localisation de ses restes nucléaires.»
Selon le général Boufrioua, la remise des cartes est «un droit que l’Etat algérien revendique fortement, sans oublier la question de l’indemnisation des victimes algériennes des essais.»
Pour rappel, la France, a procédé au total à 17 essais nucléaires au Sahara algérien entre 1960 et 1966, sur les sites de Reggane puis d’In Ekker.
Onze d’entre eux, tous souterrains, sont postérieurs aux accords d’Evian de 1962, qui déclaraient l’indépendance de l’Algérie, avec une clause permettant à la France d’utiliser jusqu’en 1967 les sites du Sahara. <