L’adoption par le gouvernement espagnol, début septembre, d’une réforme censée mettre fin aux « discriminations » dont sont victimes les employées de maison relance le débat sur le respect des droits de cette catégorie de travailleuses dans un pays où le recours à ce personnel pour le ménage, la cuisine et la garde des enfants est très répandu.

Par Kahina Terki
Selon le syndicat espagnol Commissions ouvrières (CCOO), près de 600.000 femmes seraient des employées de maison en Espagne, pays où le recours à ces travailleuses chargées du ménage, de la cuisine ou bien de la garde des enfants est très répandu.
Parmi elles, près de 200.000 ne seraient pas déclarées. « Beaucoup viennent d’Amérique latine et n’ont pas de papiers. Cela les place dans une situation de grande vulnérabilité », assure à l’AFP Mari Cruz Vicente, responsable de l’action syndicale et de l’emploi chez CCOO.
Sou la contrainte d’une décision de la Cour de justice européenne (CJUE), et sous la pression des syndicats, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a adopté au début de ce mois un texte d qualifié d’« historique ». Cette loi devrait permettre aux employées de mains d’avoir accès aux prestations chômage dont elles étaient jusqu’ici exclues. Elle s’ajoute à la décision de l’Exécutif de rendre obligatoire leur couverture santé et de mettre un terme à un mécanisme très décrié qui permettait aux employeurs de mettre fin à leur contrat sans justification. » Ce sont des avancées importantes » même si « tous les problèmes ne sont pas réglés », estime Mari Cruz Vicente du syndicat OCCOO, en soulignant que les nombreuses employées non déclarées, que les syndicats voudraient voir régularisées, ne peuvent pas bénéficier de ces nouveaux droits. « Cette réforme était nécessaire » car « il y avait beaucoup de retard », juge de son côté Constanza Cisneros, membre de l’Observatoire Jeanneth Beltran, une association dédiée à la défense des travailleuses domestiques. « Tous les jours, on nous rapporte des cas d’abus: il faut mettre un terme àces pratiques » et faire en sorte que ces situations « sortent de l’ombre », insiste-t-elle.
« Prise de conscience »
Ces abus, Aracely Sanchez en a souvent fait l’expérience. Arrivée à Madrid en 2001 pour s’occuper à temps plein d’une personne âgée pour 350 euros par mois, la jeune femme a enchaîné durant 15 ans les postes précaires – presque toujours au noir, malgré son titre de séjour. « Quand je disais que je voulais un contrat, on ne me rappelait pas. Les employeurs ne veulent pas payer de cotisations », explique à l’AFP la trentenaire, qui décrit un métier « peu valorisé », avec des employées considérées « comme de la main d’œuvre » et non « comme des personnes ».
Un constat partagé par Amalia Caballero, employée de maison originaire d’Equateur. « Nous avons des horaires tardifs, qu’on nous change à la dernière minute sans nous demander si nous sommes disponibles. Or nous avons nous aussi une vie », raconte-t-elle. Cette femme de 60 ans pointe elle aussi les « humiliations », notamment envers les employées logeant chez leurs patrons. « Une fois, on m’a demandé pourquoi je me douchais tous les jours. On devait penser que je coûtais trop cher en eau», se souvient-elle, amèrement. Ces pratiques vont-elles cesser avec la réforme? « Il y a encore beaucoup à faire » pour que le regard sur les employées de maison change, juge Aracel Sanchez. « Beaucoup ont fait des études » dans leur pays d’origine et « ont un diplôme », « il faut que cela soit reconnu. » « Notre travail doit être mieux respecté, d’autant qu’il est indispensable », renchérit Constanza Cisneros. « Sans les employées qui récupèrent les enfants, gèrent les maisons et s’occupent des personnes âgées, que feraient les familles? »
En mars 2022, dans une déclaration qui anticipait la réforme ouverte en ce mois de décembre, le secrétaire d’Etat au travail, Joaquin Perez Rey, s’est engagé au nom de son gouvernement à mettre fin à une « injustice » en permettant aux employées de maison l’accès aux prestations de chômage. Le responsable s’exprimait en réponse à l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rendu le 24 février, selon lequel « la législation espagnole, qui exclut les employés de maison des prestations de chômage, alors qu’il s’agit presque exclusivement de femmes, est contraire au droit de l’Union «. Aux yeux de la CJUE, cette exclusion est « une discrimination indirecte fondée sur le sexe «.Source AFP