Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez a annoncé hier dimanche l’instauration d’un état d’urgence sanitaire pour une durée de six mois sur tout le territoire, qui s’accompagnera d’un couvre-feu dans tout le pays à l’exception des îles Canaries, afin de tenter de briser la deuxième vague de Covid-19.

«La situation que nous traversons est extrême», a déclaré M. Sanchez dans une allocution télévisée à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire, alors que l’Espagne a franchi cette semaine le cap du million de cas de Covid-19 et est confrontée à une recrudescence en apparence incontrôlable de la pandémie. Dans ce contexte, «l’état d’alerte» (équivalent de l’état d’urgence sanitaire) constitue «la mesure la plus efficace pour infléchir la courbe des contagions», a-t-il poursuivi. Il a conrfimé que l’état d’alerte aurait initialement une durée de 15 jours, comme le prévoit la Constitution, et qu’il demanderait ensuite aux Cortes (chambre des députés) «de le prolonger jusqu’à début mai», mentionnant la date du 9 mai, soit pour six mois. Concernant le couvre-feu, le chef du gouvernement espagnol a indiqué qu’il durerait en principe de 23h00 à 06h00, avec la possibilité pour les régions d’avancer ou de retarder d’une heure son début, en fonction des caractéristiques locales. Seul l’archipel des Canaries, au large des côtes nord-ouest de l’Afrique, n’y sera pas soumis, en raison de la faible incidence du nouveau coronavirus, a-t-il expliqué.

L’Italie renforce les restrictions après un nouveau record de contaminations
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a renforcé dimanche les restrictions contre la pandémie de coronavirus, après la publication de chiffres record de nouvelles contaminations, malgré l’opposition des gouverneurs de régions et des manifestations contre le couvre-feu. Cinémas, théâtres, salles de gym et piscines vont devoir fermer à partir de lundi et jusqu’au 24 novembre selon ces nouvelles restrictions, alors que les bars et les restaurants devront cesser de servir après 18H00, ont annoncé les services du Premier ministre. Quelque 20.000 nouveaux cas de coronavirus ont été enregistrés lors des 24 dernières heures en Italie, selon le comptage annoncé par les autorités samedi, un record national. Au total, plus de 500.000 cas d’infection et 37.000 décès ont été recensés dans le premier pays européen à avoir été durement frappé par la pandémie. «Semi-confinement pour un mois», proclamait le quotidien La Reppublica, soulignant que M. Conte n’avait pas déployé beaucoup d’efforts pour apaiser les gouverneurs des régions, qui ont prôné des mesures moins radicales pour sauver les entreprises durement touchées par le confinement du printemps. Les écoles et les maternelles resteront cependant ouvertes, alors que 75% des classes dans les lycées et les universités se tiendront en ligne. La population a été appelée à éviter le plus possible les transports en commun et les déplacements hors de leurs quartiers. «Cela va nous détruire», a déclaré à l’AFP Augusto d’Alfonsi, propriétaire d’un restaurant familial de poisson, le Torricella, à Rome. «Nous avons déjà perdu 50 pour cent de notre clientèle cette année. Sans aide gouvernementale, nous sommes finis». Les nouvelles mesures ont été annoncées quelques heures après une manifestation de dizaines de partisans de l’extrême droite contre le couvre-feu, qui ont affronté les forces de l’ordre anti-émeute dans la nuit de samedi à dimanche dans le centre de Rome. Quelque 200 militants masqués appartenant au groupe néo-fasciste Forza Nuova ont lancé des projectiles vers la police et incendié des poubelles. A Naples (sud), des incidents avaient déjà éclaté la nuit précédente, lorsque des jeunes s’opposant au couvre-feu avaient affronté les forces de l’ordre.

«Le couvre-feu ne marche pas»
Ces incidents font suite aux décisions prises cette semaine d’imposer un couvre-feu dans trois régions: celles de Rome (Latium), de minuit à 05H00 du matin, et celles de Milan (Lombardie) et Naples (Campanie) de 23H00 à 05H00. Mais les gouverneurs de régions ont averti que la fermeture des entreprises exacerberait les tensions sociales alors que le confinement du printemps a précipité l’Italie dans sa pire récession économique de l’après-guerre. Giuseppe Spadafora, numéro deux du lobby d’affaires Unimpresa, a prévenu que «la colère pourrait exploser dans les jours et les semaines qui viennent, et devenir difficile à contrôler». Le Premier ministre était cependant soumis à une intense pression de la communauté scientifique qui lui demandait d’agir pour combattre la propagation du virus. «Nous avons juste quelques semaines pour intervenir. Nous avons besoin de confinements locaux, et même régionaux. Le couvre-feu ne marche pas», a déclaré au journal Il Messaggero le conseiller de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) auprès du gouvernement italien, Walter Ricciardi. Une centaine de scientifiques avaient appelé cette semaine le gouvernement à agir, après qu’un médecin réputé, Giorgio Parisi, a averti que le pays aurait un taux de 500 morts par jour à la mi-novembre si de nouvelles mesures n’étaient pas adoptées. «En mars, nous étions sur le point d’être heurtés par un camion roulant à 130 kilomètres à l’heure. Aujourd’hui, il se dirige vers nous à 60 kilomètres à l’heure», a déclaré le médecin samedi au quotidien La Repubblica. «Nous avons le temps de l’esquiver, mais si nous ne le faisons pas, même s’il va plus lentement, cela nous tuera tout de même». (AFP)