Faire trempette. C’est le désir pressant de dizaines de jeunes issus des quartiers populaires jouxtant la plage Piquet blanc, sur le grand espace dénommé «Les Sablettes» qui se sont rendus dès la mi-journée de samedi, suivis par des familles entières pressées d’installer leur parasol, table et sièges, sur cette plage artificielle qui au fil des minutes n’arrêtaient pas d’accueillir de nouveaux estivants. Reporters était présent sur les lieux. Ce retour en force de centaines de personnes tous âges confondus sur cette plage, que gère l’Office des parcs, des sports et de loisirs d’Alger, était tout à fait prévisible en raison de la longue attente après la décision de sa fermeture par mesure de protection contre le virus Covid-19 avant que tombe la bonne nouvelle. Celle annonçant que dès ce 15 août certains loisirs sont permis mais dans le strict respect de la distanciation physique et des règles d’hygiène, afin d’éviter un rebond des contaminations. Ainsi les Sablettes, espace qui accueillait bon nombre de visiteurs et déserté depuis mars dernier, est ainsi devenu pour des milliers d’habitants de la capitale et de ses alentours immédiats l’espace idéal de renouer avec les plaisirs de l’été comme les baignades et les pique-niques.

Une réouverture synonyme de délivrance
Larbi, Moh, Slimane, Ali et leurs voisins de quartier de la Glacière ont pris place sur les blocs de béton qui font office de brise-lames sur la plage Piquet blanc qui, dans un ballet incessant, se font la concurrence depuis leur arrivée en ce milieu de matinée à qui réussira le meilleur plongeon. Non sans nous témoigner à l’unanimité : «Depuis l’annonce de la réouverture de cette plage, qui est à quelques encablures de notre quartier, nous étions impatients de renouer avec notre plaisir favori, des plongeons jusqu’à épuisement après des mois de privation.» Larbi nous avoue que la plage des Sablettes leur permet de se baigner à moindre coût financier car pour se rendre sur les plages de l’est où de l’ouest, il faut débourser de l’argent qui nous fait souvent défaut, «compte tenu des faibles revenus de nos parents». En somme, cette plage constitue pour des centaines de jeunes issus de quartiers populaires de faire trempette, c’est-à-dire de profiter des plaisirs que procurent les baignades. «La réouverture de cette plage a été d’un grand soulagement», précisent-ils. «Voire même de délivrance», nous livre Slimane, un jeune apprenti coiffeur.
De son côté, Abdelkader, la cinquantaine, résidant à Hussein Dey, accompagné de sa femme et de ses quatre enfants, a décidé de prendre son repas de midi ce samedi sous son parasol sur la plage Piquet blanc où ils ont pris place vers 11 heures. Il a applaudi la décision des pouvoirs publics d’ouvrir l’accès aux plages. «C’est comme une délivrance», nous a-t-il avoué, non sans lancer : «Il était temps de renouer avec les bons moments qu’offre une sortie en ce lieu. Je suis en congé depuis début août et plus les jours passaient plus j’avais cette sensation que mon appartement de trois pièces était devenu une sorte de cage, ce que d’ailleurs partage ma femme et mes quatre enfants. Meriem, une grand-mère qui accompagne ces deux fils, dont le père est au chômage, partage l’avis de Abdelkader : «La réouverture des Sablettes est pour moi une délivrance car mes enfants ont besoin comme tous les autres de profiter des plaisirs de la mer tout l’été. Mais avec cette pandémie nous en sommes privés. Aujourd’hui, mes deux petits vont enfin pouvoir nager, faire des châteaux de sable et surtout profiter avec eux des bienfaits de la mer en famille avant la rentrée.»

Les adeptes du jogging sont aussi revenus
Avant le confinement ils étaient des dizaines à fouler les circuits qu’offrent les Sablettes aux amateurs de jogging, mais la fermeture les a contraints à chercher un autre itinéraire quand ce n’est pas de ranger leur équipement dans l’attente d’une reprise. C’est le cas d’Yliès, 25 ans, qui habite à Bab-Ezzouar et qui se rendait trois fois par semaine sur cette esplanade pour courir. «C’est l’endroit idéal pour faire de l’exercice tout en respirant un bon bol d’air frais», confie-t-il. «Je vais enfin pouvoir reprendre mes entraînements tôt le matin avec mon groupe d’amis. Ça n’a l’air de rien mais depuis la fermeture des salles de sport et des espaces pour joggeurs, beaucoup de gens ont sombré dans la déprime», ajoute-t-il.

Petit tour au parc d’attraction
Souad, 71 ans, se réjouit de l’ouverture des Sablettes et de son parc d’attraction. «On venait chaque week-end et après des mois de confinement, l’annonce de la réouverture de cet espace ô combien utile, nous allons reprendre enfin nos anciennes habitudes», dit-elle. «Et surtout ma famille et moi de nous extraire pour un temps de la chaleur de mon appartement en ces journées caniculaires, ce qui est un grand soulagement».
D’autres personnes rencontrées nous ont fait part de leur plaisir de renouer avec leur sortie hebdomadaire en plein air. «Ce qui nous permet de rester en forme tout au long de la semaine», nous confient-ils.
Soulignons enfin que l‘office a mobilisé tout son personnel afin de faire appliquer les mesures barrières de protection contre le virus. Ces derniers épaulés par les services de sécurité, qui sillonnent sans répit de long en large tout l’espace des Sablettes, et parfois rappelant à l’ordre les personnes ne respectant des consignes de précaution.
Il est presque 14 heures et le grand parking de stationnement commence à se remplir. Signe que les Sablettes vont connaître une grande affluence en fin d’après-midi. Ce qui n’est pas sans redouter que cela va créer des problèmes de distanciations. Nous le saurons à l’heure du bilan de cette journée particulière. n