La poursuite de la fonte des réserves de change courant 2020, bien qu’à rythme moins soutenu que les années précédentes, remet sur la table l’impératif de réformes économiques et budgétaires ambitieuses dans le but de rétablir la viabilité de la balance des paiements, dont les déficits importants et chroniques de ces dernières années sont à la source directe de l’érosion ininterrompue des réserves de change.

Par Hakim Ould Mohamed
Se voulant rassurant quant à la situation macroéconomique du pays, le chef de l’Etat a avancé pour preuve le non recours de l’Algérie à l’endettement extérieur, contrairement aux multiples prévisions fixant la fin de 2020, début 2021 comme date de recours à cette mesure, réitérant le principe de non recours à l’endettement extérieur en vue de consolider la souveraineté de l’Algérie.
Abdelmadjid Tebboune a rassuré, par la même occasion, quant au niveau des réserves de changes s’élevant actuellement à 44 milliards de dollars à fin 2020 contre 53 milliards de dollars à fin 2019. Certes, il s’agit là de deux indicateurs reflétant une certaine solvabilité de l’Algérie, à l’issue de sept années de crise, née du contrechoc pétrolier de la mi-2014, mais le solde en devises a connu une contraction considérable depuis l’été 2014, passant de 194 milliards de dollars à 44 milliards de dollars à fin 2020. Alors que des réformes devaient être mises en place pour éviter aux réserves de change cumulées durant les années du pétrole cette érosion aussi grave que préjudiciable pour les perspectives macroéconomiques du pays. Bien que les précédents gouvernements se sont distingués par une passivité presque parfaite face à la fonte accéléré des réserves de changes, l’actuel Exécutif tente de préserver le solde restant à coups de plusieurs mesures d’encadrement du commerce extérieur, d’amélioration du solde de la balance commerciale et de l’offre domestique en biens et services.
Le récent verdict de la Banque centrale au sujet de l’érosion des réserves de changes était clair et sans appel : « Les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national. Autrement dit, quasiment l’excès des importations de biens et services sur les exportations. Dans les faits, ces déséquilibres sont générés par les importants déficits des finances publiques ». L’institution monétaire a ainsi mis le doigt là où la fonte des réserves de change trouve son origine, suggérant, par là même, des pistes de travail intéressantes afin d’enrayer cette érosion, estimée à environ 20 milliards de dollars par an depuis 2016. La poursuite de l’érosion des réserves de change, indique la Banque centrale, souligne la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. Dans ses recommandations, la Banque d’Algérie a suggéré que ces efforts d’ajustement soient intégrés dans un « vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services ». Depuis les alertes de l’institution monétaire, peu d’avancées notables étaient constatées sur le chemin des réformes, si ce n’est les mesures de restriction des importations de la diversification des exportations de ces derniers mois, dont l’objectif était de réduire le déficit de la balance commerciale et, partant, de celui de la balance des paiements qui exerce un effet corrosif sur le stock en devises.
Dans sa dernière note de conjoncture sur l’Algérie, publiée plus tôt cette semaine, la Banque mondiale a indiqué que la détérioration du compte courant en 2020 a entraîné une perte ininterrompue de réserves de change. « A la fin 2020, elles se situaient à 46,9 milliards de dollars (soit -20,5% par rapport à fin 2019), soit 12,8 mois d’importations de biens et de services », a souligné l’institution de Bretton Woods dans son rapport. Cette fonte exige ainsi du nouvel Exécutif de rompre avec l’attitude de passivité des précédents gouvernements et de s’inscrire dans une politique d’orthodoxie budgétaire afin de préserver les réserves de change. n