Le président turc Recep Tayyip Erdogan a confirmé hier vendredi pour la première fois la présence de combattants syriens supplétifs d’Ankara en Libye pour soutenir le gouvernement de Tripoli face aux forces de l’homme fort de l’Est libyen Khalifa Haftar. «Il y a des éléments de l’Armée nationale syrienne (ANS) sur place. Ils (Haftar et ses soutiens) veulent qu’ils partent. Or la compagnie de sécurité russe Wagner dispose de 2.500 hommes (en Libye), pourquoi on n’en parle pas?», a déclaré M. Erdogan à la presse à Istanbul. L’ANS est une coalition de groupes armés syriens entraînés et financés par Ankara. C’est sous la bannière de l’ANS, une structure qui a remplacé l’Armée syrienne libre et relevant officiellement du «gouvernement» en exil de l’opposition syrienne basée en Turquie, que des combattants syriens ont participé à la dernière offensive menée en octobre par la Turquie pour déloger les milices kurdes des YPG d’une vaste bande de territoire dans le nord-est de la Syrie. Outre la compagnie Wagner, considérée par des experts comme un outil aux mains du Kremlin, le général Haftar bénéficie du soutien des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, des rivaux régionaux de la Turquie. En visite à Moscou, Haftar a assuré vendredi qu’il s’opposerait militairement «aux envahisseurs turcs» si les pourparlers inter-libyens visant à établir un cessez-le-feu durable échouent. «Si les négociations à Genève ne débouchent pas sur la paix et la sécurité dans notre pays, que les mercenaires ne repartent pas d’où ils viennent, alors les forces armées (de Khalifa Haftar) rempliront leur devoir constitutionnel (…) de défense face aux envahisseurs turco-ottomans», a-t-il dit à l’agence de presse russe Ria Novosti. Le maréchal était en visite à Moscou selon l’agence, la Russie étant largement considérée, malgré ses dénégations, comme l’un des principaux soutiens de M. Haftar dans son conflit armé avec les troupes du gouvernement libyen d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj. M. Haftar a accusé MM. Erdogan et Sarraj, qui se sont rencontrés jeudi à Istanbul, de ne pas respecter les engagements issus d’une conférence internationale tenue en début d’année à Berlin, lors de laquelle la communauté internationale s’est engagée à ne pas s’ingérer dans le conflit libyen. «Notre patience atteint ses limites», a-t-il dit. Pour lui, les pourparlers de Genève ne pourront aboutir qu’en cas de «retrait des mercenaires syriens et turcs, la fin des livraisons d’armes de la Turquie à Tripoli, et la liquidation des groupes terroristes». L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé a jugé que la mise en place d’un cessez-le-feu durable était une mission «très difficile» mais «pas impossible».