A 65 dollars le baril de Brent, le pétrole continue à être au-dessous du niveau d’équilibre aussi bien pour le budget de l’actuel exercice que pour celui de 2019. Les calculs du Fonds monétaire international (FMI) font ressortir un prix d’équilibre budgétaire supérieur à 105,1 dollars pour l’actuel exercice, alors que le budget de 2019, actuellement en discussion à l’Assemblée populaire nationale, nécessite un baril de pétrole supérieur à 98 dollars.

Cet indicateur, très capital pour le calcul du niveau des déficits budgétaires, remet au goût du jour les vulnérabilités de l’économie algérienne, très dépendante de la rentabilité de son pétrole, coté sur le marché londonien, lequel connaît depuis quelques semaines un revirement spectaculaire qui s’est matérialisé par une rechute des cours sous l’effet d’une offre abondante et d’une demande en baisse. Le déficit devrait ainsi culminer cette année à des niveaux problématiques, nécessitant un autre tirage de monnaie afin de le compenser. Jadis, le Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR), dont les avoirs sont issus du différentiel entre le prix du marché et le prix de référence sur lequel est bâtie la loi de finances, couvrait aisément les déficits du trésor, jusqu’à ce que la dégringolade des cours du brut vienne à bout de son stock en ressources. Désormais, faute de disponibilités, le gouvernement n’a de choix que de solliciter à nouveau la planche à billets pour couvrir le déficit budgétaire. Dans la loi de finances 2018, tout comme dans le projet de loi budgétaire 2019, le prix de référence a été fixé à 50 dollars, mais le gouvernement se garde –pour des raisons inexpliquées – de réactiver le Fonds de régulation des recettes, compte tenu probablement des besoins importants en financement. Quant à l’équilibre extérieur, les experts de Washington ont conclu qu’il nécessiterait un baril à 80,3 dollars en 2018 et à 78,9 dollars en 2019, un niveau au-dessous duquel la balance des paiements continuera à afficher des déficits et affectera de facto les réserves de change qui se sont fortement contractées depuis 2014. Il ne marque certes pas une insolvabilité, qui suppose que le matelas en devises ne puisse plus couvrir le niveau des importations, mais le recul du niveau des réserves de change depuis 2014 est spectaculaire, voire problématique avec, au compteur, 105 milliards de dollars de pertes. Pour 2018 et 2019, le matelas de devises de l’Algérie continuera à s’éroder sous l’effet d’une balance des paiements déficitaires, lequel déficit joue un effet corrosif sur le niveau des réserves.
L’actuel niveau des prix du pétrole n’est point en mesure d’inverser la tendance et le gouvernement n’a de choix que de mettre en marche un plan de réformes budgétaires et économiques à même de pouvoir réduire les déficits. Du moins sur le moyen terme. L’institution de Bretton Woods souligne à juste titre dans son rapport paru mardi sur la région Moanap que le rebond des cours pétroliers « apportera un soutien temporaire » aux pays exportateurs de pétrole de la région qui doivent, cependant, poursuivre les réformes et l’ajustement budgétaire pour renforcer leur résilience à long terme. L’Exécutif est sérieusement mis en demeure. Certes, la planche à billets lui offre une petite marge de manœuvre au plan interne, les positions extérieures, elles, dépendent d’une action efficiente et de réformes urgentes, douloureuses et nécessaires à la fois afin de ne pas entamer la solvabilité du pays. Dès lors, la vraie question porte sur les actions à mener dès 2019 pour réduire l’impact des déficits sur les réserves de change qui demeurent, qu’on le veuille ou pas, un important indicateur attestant la solvabilité du pays. D’autant plus que le marché pétrolier est entré dans une phase de volatilité et d’incertitudes telle que les prévisions sur l’évolution des cours deviennent aléatoires. D’où la nécessité pour le gouvernement de faire table rase de ces anciens calculs techniques et passer à des projections tenant compte de la nature des réformes à mener et de leur efficience.