Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune présidera, aujourd’hui, dimanche, une réunion du Conseil des ministres, a indiqué, hier, la présidence de la République dans un communiqué.

Parmi les points inscrits à l’ordre du jour cette réunion figurent «l’adoption de l’avant-projet de la loi de finances complémentaire de l’exercice en cours, ainsi que deux exposés, l’un sur la situation et les perspectives du marché pétrolier international, l’autre relatif au plan d’action pour la numérisation de l’administration», lit-on dans le même communiqué qui ajoute que lors de cette réunion, le Conseil des ministres écoutera un exposé sur l’évolution de l’épidémie du Coronavirus dans le pays, et l’évaluation des mesures prises pour limiter sa propagation, a conclu le communiqué.
De par les sujets inscrits à l’ordre du jour, cette réunion du Conseil des ministres débattra à la fois des trois crises auxquelles est confronté le pays, à savoir la chute des prix du pétrole et la récession de l’économie mondiale ainsi que la crise sanitaire que fait peser le risque d’une propagation à grande échelle de l’épidémie du coronavirus. Il fallait s’y attendre car, sur les trois fronts, la situation ne fait que se complexifier de jour en jour. Sur le marché pétrolier, où les incertitudes sont légion, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai, coté à Londres, a reculé d’un peu plus de 5% vendredi, ou 1,47 dollar, pour finir à 26,98 dollars. Sur la semaine, il a chuté de plus de 20%. L’or noir achève une semaine éprouvante, qui l’aura vu encaisser certaines des pires dégringolades de son histoire, notamment mercredi où le WTI s’est effondré de 24%.
Le pétrole new-yorkais a lui aussi clôturé la semaine sur une nouvelle forte baisse vendredi, accusant des pertes hebdomadaires de près de 30%, dans un marché déprimé par une demande en chute libre avec le coronavirus et une offre surabondante.

Une LFC 2020 pour faire face
Devant un tel tableau, alors que la guerre des prix continue de faire rage, faisant planer le risque de voir les cours de brut chuter à moins de 20 dollars, le gouvernement n’a de choix que de produire une loi de finances complémentaire. Celle-ci devrait prendre en charge à la fois la révision de certaines dispositions fiscales contraignantes figurant dans la loi de finances 2020, traduire en article de loi les promesses de campagne de l’actuel président, instituer des facilitations à l’adresse des investisseurs en débureaucratisant l’acte d’entreprendre et en allégeant le régime fiscal. Au chapitre fiscal, la LFC 2020 devrait remettre en cause certaines dispositions prises par le gouvernement Bedoui et prendre en charge de nouvelles mesures fiscales, annoncées par Abdelmadjid Tebboune, alors candidat à la présidentielle de décembre 2019. Il s’agit de la défiscalisation des revenus de moins de 30 000 dinars, de la défiscalisation des start-up et la simplification et l’allègement du régime fiscal appliqué aux entreprises. Entre autres mesures fiscales contenues dans la loi de finances 2020 concernées par la révision et/ou l’annulation, il s’agit du régime fiscal appliqué aux professions libérales, logées jusqu’ici à l’IFU (Impôt forfaitaire unique), et qui devraient passer désormais sous un régime fiscal dont l’imposition est faite selon le chiffre d’affaires réel. Il s’agit aussi d’annuler la décision d’inclure les véhicules diesel dans le dispositif d’importation des voitures de moins de trois ans. Au plan budgétaire, les arbitrages s’annoncent, néanmoins, aussi sensibles que complexes, étant donné que la chute des prix du pétrole remet en cause l’ensemble des cadrages financiers et macroéconomiques de l’actuel exercice. En effet, la dégringolade des cours du brut sur le marché international exige du gouvernement de nouveaux arbitrages budgétaires, tant il est vrai que le budget actuel, pour qu’il soit équilibré, l’Algérie a besoin d’un baril de pétrole supérieur à 93 dollars.

Budget sous tensions
Or, la loi budgétaire de l’actuel exercice est bâtie sur un prix de référence de 50 dollars le baril et un prix de marché de 60 dollars le baril. Avec les prix actuels, qui ont chuté à moins de 30 dollars la semaine dernière, les déficits risquent de s’aggraver et les besoins en financement devraient accroître substantiellement eu égard à ce qu’exige le contexte actuel de crise sanitaire comme engagements financiers de l’Etat. Vendredi, alors qu’aucun des deux poids lourds du marché, l’Arabie Saoudite et la Russie, ne fait montre d’un quelconque geste de conciliation, les prix du pétrole dévissaient, terminant la semaine à des niveaux problématiques pour l’ensemble des économies des pays producteurs-exportateurs du pétrole. Le baril de WTI pour avril, dont c’est le dernier jour de cotation à New York, lâchait 8,68% par rapport à la clôture de jeudi, clôturant la semaine à 23,66 dollars. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a plongé à 27,38 dollars à Londres, en baisse de 3,83%. Devant une telle dégringolade, le gouvernement ne pourrait rester de marbre, mais des correctifs aux choix budgétaires contenus dans la loi de finances 2020 devraient être apportés, à l’heure où le pays fait face déjà à un tarissement des ressources en dinars et une baisse des recettes en devises. La baisse des prix du pétrole sur le marché mondial exigera du gouvernement la révision des tendances budgétaires contenues dans la loi de finances 2020 et, dont le prix du marché et celui de l’équilibre, alors que la baisse des recettes exige que l’Exécutif remette en cause certaines dépenses pour ne pas aggraver le déficit budgétaire. La crise sanitaire que fait peser la propagation du coronavirus dans le pays exigera, sans l’ombre d’un doute, de nouvelles dépenses nécessaires pour contenir l’épidémie. Le sujet est mentionné d’ailleurs en caractère gras dans l’agenda du Conseil des ministres. Le gouvernement est désormais sur tous les fronts, alors que sa marge de manœuvre budgétaire est très étroite.