Son parcours se confond avec celui de la centrale syndicale dont il préside les destinées de 1997 à 2019, soit près d’un quart de siècle, à telle enseigne que les plus jeunes parmi les Algériens considèrent que l’UGTA, créée en 1956, c’était lui.

PAR NAZIM BRAHIMI
Pourtant le règne d’Abdelmadjid Sidi Saïd à la tête de l’UGTA, depuis qu’il a succédé, en 1997, au défunt Abdelhak Benhamouda, n’a pas été un exemple de luttes syndicales. Il doit sans doute sa «longévité» à la tête de l’UGTA à ses capacités de manœuvrier prêt à tromper la cause des ouvriers et saborder leurs revendications pour réaliser ses intérêts étroits. Il doit aussi son long règne à ce poste à la proximité qu’il a bâtie avec le pouvoir politique et les gouvernements qui se sont succédé en appuyant leurs politiques telle celles du libéralisme ou du tout-Etat jusqu’au début de l’année 2019, pas comme les autres pour lui comme pour beaucoup d’acteurs politiques et des milieux d’affaires proches de Bouteflika. A cette période, le septuagénaire de 73 ans a été fortement décrié dans les instances et structures de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et par la rue dans le contexte de la révolution populaire du Hirak.
Sa fin à la tête de l’UGTA a été signée au mois de juin de la même année où il a été remplacé à la tête du syndicat par Salim Labatcha, élu le 21 juin 2019 pour une durée de cinq ans. A presque trois ans depuis qu’elle a changé de tête, l’UGTA peine à se débarrasser de l’encombrant héritage de Sidi Saïd, placé sous mandat de dépôt depuis ce jeudi 12 mai après avoir été arrêté la veille par les services de sécurité en son domicile à Saoula (Alger).
Comparaissant devant le juge d’instruction près le tribunal Sidi M’hamed en compagnie de ses deux fils pour les auditionner sur des affaires de corruption, le natif d’Aïn El Hammam (Tizi Ouzou) a été placé en détention provisoire. Son fils Djamil a été également mis en détention provisoire alors que l’autre fils (Hanafi) a été placé sous contrôle judiciaire. L’ancien patron de l’UGTA et ses co-accusés ont été auditionnés dans des affaires de corruption évoquant des «marchés suspects» avec la compagnie nationale Sonatrach et le groupe public Mobilis.
En attendant la suite qui sera donnée à sa détention provisoire et ce que révélera son procès à venir, il ne fait point de doute que la mise derrière les barreaux de Sidi Saïd n’a pas laissé indifférents les réseaux sociaux qui ont enregistré un flux de réactions et de commentaires. Un flux auquel il fallait s’y attendre au vu de la place qu’a occupée Sidi Saïd dans le paysage politique et social du pays, puisque l’homme a marqué l’histoire de la centrale syndicale pendant des années, en jouant la carte de la médiation pour la survie d’entreprises publiques en continuelles difficultés, à l’image du complexe d’El Hadjar, de l’Eniem… Pour les observateurs de l’expérience syndicale en Algérie, l’on note que Sidi Saïd a fait prévaloir une nouvelle doctrine, celle du syndicat de la négociation et du compromis contre le syndicat revendicatif cher à son prédécesseur. On note également que Sidi Saïd s’est donné des missions politiques en accompagnant les années du bouteflikisme jusqu’à se mettre en difficulté, jamais en danger, au sein de l’UGTA, suscitant de nombreuses manifestations d’hostilité collectives ou personnelles. Un de ses détracteurs, Salim Labatcha, militant syndicaliste de longue date et dissident du Parti des Travailleurs (PT), est aujourd’hui à son poste de secrétaire général de la centrale. Mais ce n’est pas d’histoire syndicale qu’il s’agit aujourd’hui, mais d’affaires au sens que lui donne la chronique judiciaire depuis la chute des «oligarques» dont les affaires continuent d’animer les juridictions du pays.
Sidi Saïd, qui devait voyager à l’étranger pour des soins notamment, a été prié à deux reprises de retourner chez lui. <