Par Bouzid Chalabi
Ce sont toujours les mêmes justificatifs qui sont avancés, entre autres, le prix élevé de leur alimentation. Ce que réfutent les consommateurs qui pointent du doigt les éleveurs et détaillants sans scrupules.
Le poulet vidé, cédé il y a quelques semaines à 300 DA, a pris des ailes, pour coûter ces trois derniers jours pas moins de 450 DA le kilo, tandis que les œufs sont affichés à 13 DA l’unité. C’est pour dire que les rares protides qui restaient jusqu’ici à la portée de larges couches de la société ont fini par disparaître de leurs menus. Mais alors quelles sont les raisons de cette subite surenchère de la viande blanche et qui coïncide avec la rentrée sociale ?
Selon le président de la filière avicole, Moumen Kali, approché hier par Reporters, «le coût de revient à la production dans les batteries d’élevage est de plus en plus élevé. Ce qui provoque une surenchère sur le marché de l’offre local. Précisant dans ce sens : «Par rapport au quatrième trimestre 2020, les prix des aliments avicoles se sont maintenus à des niveaux élevés, une situation due principalement à une hausse des cours des matières premières sur les marchés boursiers. En témoignent sur le marché national, les prix des matières premières ont enregistré des hausses importantes atteignant 7 000 à 8 000 DA le quintal pour le maïs et 12 000 à 14 000 DA le quintal pour les tourteaux de soja. Une hausse des prix des aliments avicoles sur marché national qui a poussé les pouvoirs publics à prendre la décision d’exonérer les aliments et les produits finis de la TVA, en espérant que les prix du poulet baisseront à des niveaux raisonnables, mais… Il a été enregistré au second trimestre 2021 une hausse sensible des prix. S’en est suivie celle en cours, mais, encore plus forte. Outre cette surenchère sur l’aliment avicole, on apprend d’un membre du Conseil national interprofessionnel de la filière avicole Nouredine Aïd, joint par téléphone, que «le manque considérable de poussins d’un jour est aussi à l’origine de cette hausse. Un grave déficit dans l’offre qui s’est vite traduit par une forte augmentation du prix du poussin». Expliquant par là que «ce manque a été causé par le grippe h1n5 qui a touché la volaille et engendré une perte de près d’un million de poulets repro-chair (poulets mâle et femelle) et pondeuse».
Du côté de l’Institut national des techniques d’élevage (ITELV), on affirme que, concernant la tendance haussière, elle avoisine les 66% au stade de la production dans les batteries d’élevage. Par ailleurs, et selon les dires de gros éleveurs, «la conjugaison de la cherté de l’aliment avicole et le manque du poussin d’un jour ont fini par dissuader les petits éleveurs, qui sont d’ailleurs nombreux dans le marché de la production, préférant marquer une période d’arrêt dans l’attente que les prix de l’aliment et du poussin baissent quelque peu. «En somme, cette offre du marché en baisse drastique a entraîné une hausse significative des prix sur les étals des détaillants», se rejoignent à dire des acteurs dans la filière avicole. A propos de la cherté de l’œuf, elle est due au fait, d’après certains producteurs, suite aux grosses chaleurs où le taux de mortalité des sujets a été élevé et par voie de conséquence leur production a baissé. L’offre est donc devenue très en deçà de la demande.
Cela étant dit, de toutes ces justifications aucune ne semble convaincre les citoyens persuadés que la spéculation et l’informel dominent le circuit de la production/commercialisation et qu’ils sont bien les dindons de la farce. Mais cette fois, ils sont décidés à riposter. En effet, la première réaction dans ce sens nous vient de l’Association de protection et d’orientation de consommateur et de son environnement (Apoce) jugeant que la situation est devenue inquiétante. Pour ce faire, l’Apoce envisage d’organiser une campagne qui vise à boycotter l’achat de poulet dont le prix a atteint 500 DA dans certaines régions. Expliquant dans un communiqué pourquoi une telle décision. Pour l’Apoce, les prix sont non seulement chers, mais exagérés et que rien ne justifie une telle augmentation malgré les difficultés que connaît le secteur avicole. Tout en admettant que ce secteur est plongé dans une anarchie qui rend l’activité des aviculteurs des plus difficiles, notamment en ce concerne le prix de l’aliment sous l’emprise d’incessantes fluctuations à la hausse actionnées par une faune de spéculateurs. Enfin l’Apoce reste décidée à mener une véritable campagne de boycott du poulet si les prix ne baissent pas. Pour l’heure, Reporters a observé, lors de son passage hier dans certains marchés de la capitale, que les détaillants devant leur vitrine bien achalandée chôment faute de clientèle. Un indice fort qui renseigne que les consommateurs ne veulent plus se soumettre à un commerce de volaille qui les déplume. <