Par Nick PERRY
Plus d’une centaine de pays se retrouvent à partir de lundi à Nairobi pour ouvrir la voie à un traité international «historique» sur le plastique, dont des centaines de millions de tonnes finissent chaque année en déchets. Des emballages aux vêtements, au matériel de construction en passant par le médical, le plastique est partout et sa production a atteint 460 millions de tonnes en 2019. Mais moins de 10% sont recyclés et les déchets de toutes tailles ont été retrouvés au fond des océans, dans la banquise, l’estomac des oiseaux et même dans l’air ambiant au sommet de montagnes. Sans parler des décharges sauvages. L’assemblée des Nations unies pour l’environnement, qui se tient pendant trois jours dans la capitale kényane, devrait donc lancer des pourparlers formels sur un traité visant à réglementer le secteur, en créant un Comité intergouvernemental de négociation. Le processus pour aboutir à un texte devrait prendre au moins deux ans. «C’est un moment pour les livres d’Histoire», s’enthousiasme Inger Andersen, directrice exécutive de l’Unep, l’agence spécialisée de l’ONU pour l’environnement. Un tel traité représenterait selon elle «la plus grande avancée multilatérale en matière d’environnement depuis l’accord de Paris» sur la lutte contre le changement climatique en 2015. Reste à définir exactement les contours d’une future négociation et les thèmes à aborder. Le recyclage uniquement, ou l’entièreté du «cycle du vie» du plastique? Limitation de certains produits, à l’image des pays de plus en plus nombreux à interdire les plastiques à usage unique? Voire limitations de production? Plusieurs textes ont été déposés, parfois restreints à la pollution plastique marine dont les diplomates ont tenté en amont de la conférence de tirer une synthèse. Celle-ci sera discutée pendant l’assemblée, dans l’espoir d’arriver à une feuille de route commune pour les négociations, dont le lancement devra être décidé par consensus. Pour Mme Andersen en tout cas, il ne fait pas de doute qu’il faut en partie «fermer le robinet» du plastique et «qu’on «ne pourra pas se sortir de cette situation juste par le recyclage». «Si on continue à polluer ici et nettoyer là, c’est sans fin». Et très coûteux, ajoutent de nombreuses ONG environnementales, qui estiment par exemple qu’une bonne vingtaine de tonnes de plastiques se retrouvent chaque année dans les eaux de la planète, dont une bonne partie finissent ensuite dans les océans. De nombreux pays se sont prononcés en faveur d’un cadre international, dont certain très gros utilisateurs ou producteurs, comme la Chine ou les Etats-Unis. Mais souvent sans s’engager sur des mesures précises. L’OCDE a appelé à une réponse «mondiale et coordonnée» face au problème, alors que la production de plastique pourrait encore doubler d’ici 2040 selon les estimations. De grosses multinationales très consommatrices d’emballages se sont également prononcées pour l’élaboration d’un cadre international, Coca-Cola ou Unilever par exemple. Beaucoup s’inquiètent déjà d’un résultat possiblement édulcoré, à l’image de l’Ong WWF, qui réclame d’ouvrir la voie à un texte «contraignant, ambitieux (qui) oblige les États à respecter une norme d’action commune» et impose des limites de production et d’usage. «Je pense que le monde est prêt à un changement dans notre rapport au plastique,» souligne Marco Lambertini, directeur général de l’ONG internationale, qui a d’ailleurs publié juste avant la conférence les résultats d’une enquête menée dans 28 pays sur tous les continents, montrant que près de neuf personnes sur dix jugent importante la conclusion d’un tel traité. «Il ne faut pas juste un traité que les gens puissent signer (…), mais qui n’ait pas de dents», abonde Erastus Ooko de Greenpeace Afrique. L’assemblée, annulée l’an dernier à cause de la pandémie, se déroulera en présentiel et pour partie en format virtuel. Les délégués se pencheront aussi notamment sur les «actions pour la nature» destinées à protéger la biodiversité et à lutter contre le changement climatique. n