L’Algérie consomme près de sept milliards de sacs plastiques par an, a fait savoir lundi à Alger la ministre de l’Environnement, Dalila Boudjemaa, appelant à l’adoption de législations limitant les dangers de l’utilisation du sachet en plastique sur la santé et l’environnement. Un appel qui mettra du temps à être entendu en raison de l’inexistence d’une industrie de recyclage dans notre pays.

Par Selma Allane
Dans une allocution lue en son nom par la secrétaire générale du ministère, Meriem Ben Mehdi, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale des droits des consommateurs, célébrée le 15 mars 2021 sous le slogan «La lutte contre la pollution plastique», la ministre a indiqué que «l’Algérie fait partie des grands consommateurs de sacs plastiques au niveau mondial», ajoutant que «60% à 80% des déchets plastiques sont jetés dans la nature, la mer et les oueds».
Le chiffre que Mme Boudjemaa a donné n’est pas nouveau. Il a déjà été donné en 2018 et en 2019 et, plus curieux, il n’a pas bougé alors que l’utilisation de ce produit plastique pour l’emballage ou pour les simples courses a explosé durant ces deux dernières années. Quand elle était ministre de l’Environnement dans les années 2013-2014, Mme Boudjemaa s’est alarmée déjà de la quantité de sachets en plastique qui circule dans le pays et pollue son paysage jusque dans les coins les plus reculés et les plus improbables du territoire national.
Ce qui semble avoir changé chez cette responsable au long parcours dans les questions de l’environnement et de l’écologie – pour lesquelles elle occupait récemment le poste de conseillère auprès de la présidence de la République – c’est son discours sur la façon de gérer cet océan de plastique qui déferle sur nous. A l’occasion des Assises de l’environnement qu’elle avait organisées en 2014 à l’hôtel Mazafran de Zéralda, selon elle, il n’était pas possible de s’attaquer à l’industrie du sachet plastique sans le risque de détruire des milliers d’emplois.
Aujourd’hui, elle semble miser sur le recyclage de cette matière, relevant, dans son allocution du 15 mars 2021, qu’il existe de «simples» méthodes pour contenir les déchets plastiques dont les opérations de broyage, de dissolution et de pompage qui permettent leur transformation en de nouveaux produits recyclés, y compris les matières d’étanchéité.

Recyclage : «Procédés simples», mais absents
Le problème est que cette industrie du recyclage est quasiment absente en Algérie alors que notre pays est classé au rang peu glorieux de 5e consommateur mondial des sacs en plastique dans le monde et où le plastique représente 60% à 80% des déchets déversés dans le milieu marin national, selon des statistiques fournies par l’Association des fabricants de tubes en plastique (AFTP). Cette association avait indiqué, en 2019, lors d’une table ronde organisée par la Chambre de commerce algéro-allemande, que le manque de recyclage fait perdre au pays 8 milliards de dinars par an. Ses représentants s’étaient eux-mêmes étonnés de cette perte alors qu’il existe selon des procédés simples, tels que le broyage, la fonte, l’extrusion ou encore l’injection, de recycler ces produits pour obtenir de nouveaux matériaux, isolants, briques de construction, dalles, tuiles ou encore du mobilier.
Pourquoi ces procédés tardent-ils à être exploités ? A cette question, les ministres qui se sont succédé à la tête de l’Environnement évoquent la nécessité d’incitation à l’investissement et une législation à mettre à jour pour susciter des vocations chez les opérateurs et chefs d’entreprise intéressés. Certaines de leurs déclarations, comme la généralisation des sacs en papier ou l’annonce par Fatima-Zohra Zerouati, ex-ministre du secteur, de l’interdiction du sachet en plastique noir, en 2020, sont restées lettre morte et font souvent sourire. Ce qui signale une réelle difficulté à juguler l’utilisation du plastique en Algérie. A tel point que le 15 mars, la ministre Dalila Boudjemaa a plaidé pour le lancement d’une «réflexion» sur le sac en plastique après son utilisation ainsi que les séquelles sanitaires, urbaines et environnementales qui pourraient en découler.
«Les dernières inondations démontrent le risque que constituent ces déchets plastiques qui bloquent, parfois, les réseaux d’évacuation sanitaire en zones urbaines en sus des gaz à effet de serre (GES) contribuant à l’aggravation du réchauffement climatique, a-t-elle rappelé judicieusement. <

bon à savoir
Selon les chiffres du ministère de l’Environnement, les déchets ménagers contiennent 17% de plastique, soit 130 000 tonnes/an de la quantité annuelle produite au niveau national. Au cours des dix dernières années, la consommation par personne du plastique en Algérie – qui importe pour près de deux milliards de dollars de matière plastique sous forme primaire- a augmenté d’environ 9% par an passant de 10 kg en 2007 à 23,1 kg en 2017. Elle était de 25,8 kg en 2020. Près de 60% de cette consommation est représentée par l’emballage, 20 % par la construction et le reste par diverses industries.