Les conflits armés ont fait environ 150 000 morts à travers le monde en 2021, selon le rapport du Stockholm International Peace Research Institut (SIPRI). Le rapport, rendu public en ce début du mois de décembre, pointe également un recul des processus de paix. «En 2021, la plupart des processus de paix ont subi un coup d’arrêt ou de sérieux revers», est-il souligné.

PAR NAZIM B.
Le rapport de cet établissement indépendant, fondé en 1966 et qui se consacre à la recherche sur les conflits, les armements, la maîtrise des armements et le désarmement, conclut ainsi à une hausse des décès de l’ordre de 13 % comparativement à 2020, en raison d’une augmentation importante en Asie et Océanie (59 % de plus qu’en 2020) – principalement en Afghanistan, au Myanmar et au Pakistan – ainsi qu’en Afrique subsaharienne (+19 %).
Par contre, le nombre de décès liés aux conflits a diminué pour la troisième année consécutive dans la région MENA, selon le même rapport, qui déplore d’autres impacts des conflits armés (parfois combinés à d’autres facteurs) qui se sont aggravés, comme les déplacements de population, l’insécurité alimentaire, les besoins humanitaires et les violations du droit humanitaire international.
Le rapport a recensé, en effet, pas moins de 46 Etats qui ont connu des conflits armés actifs en 2021 (45 en 2020) : 8 dans les Amériques, 9 en Asie et Océanie, 3 en Europe, 8 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) et 18 en Afrique subsaharienne.
En 2021 comme en 2020, 8 Etats du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) ont connu des conflits armés actifs : Egypte, Irak, Israël, Palestine, Liban, Libye, Syrie, Turquie et Yémen.
Le nombre total de décès liés aux conflits a diminué pour la 4e année consécutive, soit une baisse d’environ 75 % depuis 2017. Le Yémen était le seul conflit armé majeur de la région, avec des décès annuels supérieurs à 10 000 et, hormis l’Irak et la Syrie (conflits armés de haute intensité), les autres conflits armés étaient de faible intensité. Nombre de ces conflits étaient interconnectés, impliquant des puissances régionales et internationales, ainsi que de nombreux acteurs non étatiques.
Pointant des «conflits armés complexes et imbriqués en Irak, Syrie et Turquie», le rapport a tenté d’apporter des analyses de la situation dans chacun des trois pays.
«En Syrie, la situation est restée instable. La Turquie et les milices syriennes alignées ont intensifié leurs attaques dans le territoire contrôlé par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie. Le cessez-le-feu d’Idlib négocié par la Russie et la Turquie, en 2020, est resté en vigueur. L’Irak est resté un Etat fragile, avec des institutions faibles et le fossé s’est creusé entre le gouvernement et les milices. La Turquie a poursuivi ses opérations militaires dans le nord de l’Irak et le conflit avec les rebelles kurdes a également persisté», est-il relevé dans le rapport. Pour ce qui concerne l’Afrique du Nord, l’institut de recherche a indiqué que «l’insurrection égyptienne de faible intensité dans le Sinaï s’est poursuivie, et le vieux différend territorial autour du Sahara occidental entre le Maroc et le Front Polisario s’est intensifié, contribuant ainsi à une augmentation des tensions entre l’Algérie et le Maroc».
En ce qui concerne la Libye, «le cessez-le-feu internationalement soutenu d’octobre 2020 a été largement respecté. Cependant, malgré la mise en place du premier gouvernement d’unité provisoire depuis 2014, le report des élections de décembre 2021 a provoqué de grandes incertitudes dans la feuille de route de la consolidation de la paix».
Pour le rapport de SIPRI, en 2021, les conflits armés demeurent un facteur majeur d’insécurité alimentaire, relevant que le triple impact des conflits, des chocs climatiques et de la pandémie de Covid-19, a amené à un record de 283 millions de personnes dans 80 pays susceptibles d’être en situation d’insécurité alimentaire ou à haut risque (contre 270 millions dans 79 pays en 2020).
Pour le même rapport, la guerre en Ukraine «sera lourde de conséquences, notamment pour la sécurité alimentaire mondiale, la Russie et l’Ukraine étant de grands producteurs de nourriture.
«Tant la sécurité européenne que les alignements politiques et les affinités stratégiques mondiales s’en trouvent changés. L’opposition aux actes de la Russie a été étendue mais pas universelle, 35 Etats s’étant abstenus en mars 2022, lors du vote d’une résolution de l’ONU critiquant la Russie. Plusieurs Etats ont contesté le fait que l’Occident s’arroge le statut de puissance morale dans cette crise», est-il écrit dans le rapport, ajoutant que «la Chine avait réaffirmé son amitié avec la Russie début février 2022», faisant partie des abstentions. <