Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Le président de la République a instruit d’augmenter le point indiciaire des salaires de la Fonction publique. Est-ce que cette annonce est en mesure d’apaiser la colère des travailleurs qui brandissent la menace de grève ?
Zoubir Rouina :
Pour le moment, nous ne disposons pas de détails sur le taux d’augmentation du point indiciaire ou de l’échéancier arrêté pour la revalorisation des salaires. Mais si l’augmentation n’est pas conséquente, la souffrance des fonctionnaires et des faibles revenus persistera. Les pouvoirs publics annonçaient en grande pompe, il y a quelques mois, le relèvement du Salaire national minimum garanti (SNMG) de 18 000 à 20 000 DA, ainsi que l’exonération des salaires inférieurs à 30 000 DA de l’impôt sur le revenu global. Ces mesures étaient d’un impact très minime, car elles n’ont pas mis les familles algériennes, en difficultés depuis de nombreuses années, à l’abri du besoin. Les syndicats autonomes constituant la Confédération des syndicats algériens (CSA) tiendront des conseils nationaux et s’entendront sur les actions à entreprendre.

A quel taux souhaitez-vous le relèvement du point indiciaire ?
Au niveau du CLA, nous avons demandé de passer de 45 à 120 DA. L’Intersyndicale de l’Education nationale ainsi que la CSA avaient exigé une hausse de 50%. Mais si le gouvernement décide d’une hausse de 5 DA, ce sera considéré comme une hausse, même si elle s’avère sans impact sur le salaire des travailleurs. Ce que nous revendiquons est un salaire garantissant une vie digne.
Selon une étude, le salaire qui permettra à une famille algérienne de cinq individus de vivre décemment, doit être de 80 000 DA. La situation sociale des travailleurs ne cesse de se dégrader. Les Algériens font face à davantage de dépenses et à des prix élevés. Je pense qu’il est nécessaire d’associer le partenaire social aux négociations sur la revalorisation des salaires et du point indiciaire.

Si les pouvoirs publics satisfont vos revendications concernant la valeur du point indiciaire, est-ce que les fonctionnaires du secteur public annuleraient toutes les actions que les syndicats menacent d’entreprendre dans les prochains jours ?
Absolument pas. La revendication la plus urgente est la protection du pouvoir d’achat. L’effondrement du pouvoir d’achat a nui aux familles à revenu moyen et dans le besoin. Le gouvernement doit mettre en place des stratégies efficaces en urgence pour contenir la crise, notamment, la mise en place d’un Observatoire national du pouvoir d’achat. Ce que nous revendiquons depuis des années est la protection du pouvoir d’achat. Il faut contrôler les prix exercés sur les marchés, lutter contre les spéculateurs. n