Le professeur Khelifi Douadi, Directeur de l’Ecole nationale supérieure de biotechnologie, est une figure connue de l’Université algérienne, en général, et de Constantine en particulier. Pendant plus de quarante ans, il sillonnera les travées des universités de Constantine, mendiant le savoir, parfois, et le dispensant, d’autres fois. Dynamique comme toujours, fervent supporter et dirigeant de l’équipe du MOC, il n’a pas manqué de s’impliquer avec son équipe, et en collaboration avec d’autres, pour fourbir des armes de destruction massive de la Covid-19. Nous l’avons contacté pour nous éclairer, avec sa bonhomie magique il nous illumine. Il nous apprend qu’« un laboratoire de dépistage du nouveau coronavirus (Covid-19) a été mis en service dimanche à l’Ecole nationale supérieure de biotechnologies (ENSB) » dans la ville universitaire de Constantine.

Reporters : Après le Centre de recherche en nanotechnologies (CRBt), c’est au tour de l’Ecole nationale supérieure de biotechnologies (ENSB) de s’illustrer en posant un nouveau jalon dans la lutte contre la Covid-19. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le procédé en question ?
Pr Khelifi Douadi :
C’est une action mutualisée de l’ENSB avec la faculté des sciences médicales de l’université de Constantine 3 et le laboratoire de microbiologie du CHU Abdeslem-Benbadis de Constantine. Comme notre école dispose d’un laboratoire de biologie moléculaire, répondant aux normes de manipulations microbiologiques avec un équipement qui permet d’établir le diagnostic de la Covid-19. Des équipements comme la RT-PCR (une technique qui permet de faire une PCR, réaction en chaîne par polymérase) à partir d’un échantillon d’ARN. L’ARN est tout d’abord rétro-transcrit grâce à une enzyme appelée transcriptase inverse, qui permet la synthèse de l’ADN complémentaire (ADNc, ndlr) et les PSM 2, postes de sécurité microbiologique (assurent la protection de l’opérateur et de l’environnement contre les dangers liés aux aérosols dans la manipulation de substances biologiquement actives infectées ou dangereuses, ndlr), et autres matériels nécessaires à la manipulation du virus Covid-19, on s’est lancé dans l’aventure scientifique du dépistage du coronavirus.

Vous a-t-il fallu beaucoup de temps de recherche pour aboutir à des résultats ?
Nous avons travaillé dur et presque sans relâche pendant un mois et demi pour mettre ce laboratoire aux normes, aux exigences de l’institut Pasteur. On a d’ailleurs reçu à ce titre des experts d’Alger dudit institut qui ont inspecté et visité notre laboratoire jeudi passé. Après des réserves très vite levées, nous avons eu l’accord nécessaire pour commencer notre travail, et nous avons effectué les premières analyses dimanche dernier.

Ce laboratoire, le deuxième du genre à Constantine, après l’annexe de l’Institut pasteur d’Alger (IPA) ouverte depuis mars dernier au Centre de recherche en biotechnologie (CRBt) de Constantine, constitue un apport considérable dans la recherche et le combat contre la Covid-19. Aura-t-il un impact réel sur la qualité et la quantité des dépistages du coronavirus ?
C’est le dépistage de la Covid-19. On reçoit des échantillons de prélèvement du CHU. On va s’élargir dans la semaine qui vient à l’hôpital El Bir et à celui de Didouche-Mourad. Et à partir de la semaine prochaine, nous pourrons accueillir des échantillons de tout l’Est algérien, dans un premier temps. On est donc un second labo qui vient en soutien à celui du CRBt.

On est en route donc vers une autonomie complète dans le dépistage de la Covid-19. A ce titre, combien de tests sérologiques pourriez-vous faire quotidiennement ?
Pour rester honnête, et en un premier temps, nous ne voulons pas nous lancer dans le challenge du nombre. Nous avons assez de matériels, deux RT-PCR, l’élément clé pour l’analyse et le dépistage, et d’autres machines. Je le répète, on a les moyens nécessaires pour couvrir Constantine et tout l’Est algérien, car en plus du matériel cité, nous disposons aussi de kits de dépistage complet. Nous sommes un labo autonome et l’Institut Pasteur ne nous fournit pas en quoi que ce soit. Il faut quand même signaler l’aide très précieuse de jeunes médecins qui ont fait une collecte au niveau de Constantine (action relevée et relayée dans les médias sociaux, ndlr) qui a abouti à l’achat d’un RT-PCR avec un automate qui nous permet de faire énormément d’effraction. Le don de ces médecins a été octroyé au laboratoire de microbiologie du CHU qui nous l’a envoyé et il vient donc renforcer les capacités d’analyses de notre laboratoire. Et pour répondre à votre question, je dirais, honnêtement, que nous pouvons facilement faire 250 analyses par jour.

Vous êtes autonomes donc dans votre laboratoire, l’êtes-vous aussi en ce qui concerne le consommable qui tourne autour des tests d’analyses ?
Il y a l’association des jeunes médecins dont je parlais qui continue de nous aider. Par des réactifs et l’automate qui nous permettent de bosser plus vite et plus efficacement. Je n’oublierai pas le CHU qui nous ramène le petit consommable. Je dirai que c’est un collectif qui s’est rassemblé autour d’une mission noble.

L’appétit venant en faisant de la recherche, votre labo envisage-t-il déjà une projection sur un futur proche ?
Cela va être un exemple pour tous les chercheurs. On commence déjà à penser à l’après-Covid-19, il ne faut pas rester dans son petit coin. Il faut multiplier les associations et les compétences. Je suis très content pour Constantine qui dispose de deux laboratoires de dépistage. Ça prouve que la ville ne dispose pas de cinq universités pour rien. n