Reporters : Que pensez-vous de la décision de la suppression du système des licences d’importations  annoncée par le ministre du Commerce ?

Larbi Souici : Si on suit la logique de l’ouverture du marché vers l’extérieur, c’est une bonne chose. Mais la situation actuelle de notre économie nous impose de prendre des mesures restrictives, parce qu’on n’est plus en mesure d’importer n’importe quoi, il faut dire la vérité. Il nous faut une importation utile qui ne soit plus abusive, même si la liberté d’importer existe et que le commerce est libre. Donc il nous faut prendre des précautions, chose que font actuellement presque tous les pays du monde face à la crise planétaire. Les Européens sont en train de réviser pas mal de contrats et font tout pour protéger leur production. Même la charte de l’OMC prévoit un droit de sauvegarde de l’intérêt national. Encore une fois, je suis contre le fait d’importer n’importe quoi, même si notre économie se portait bien. Je réponds à votre question : je suis pour la levée des licences d’importations, mais pas pour l’importation abusive.

Mais en supprimant le système des licences d’importation, la voie ne serait-elle pas ouverte, justement, à l’importation abusive ?
Avec les licences, on gère l’importation, on sait qui importe et qui n’importe pas. On sait ce qu’on importe et ce qu’on n’importe pas. C’est la différence d’avant l’instauration du système des licences. Avec les licences, on identifie l’importateur, le produit importé, le quota. Cela permet à l’Etat de mieux maîtriser tout ce qui provient de l’étranger.

 Donc, avec les licences, c’est mieux ? Et par quoi ou par quel dispositif vont-elles être remplacées ?
 Avec la suppression des licences d’importation, il n’y a plus de contraintes, tout devient libre. Mais le contrôle se fera automatiquement au niveau des douanes. Il y a des brigades mixtes, impôt, commerce et douane, au niveau de tous les ports. Le contrôle se fera sur place, sur pièce.
Il faut un registre du commerce d’importateur avec identification du produit à importer. Si c’est mentionné céramique, l’importation de produits agroalimentaires devient impossible, ce qui est tout à fait normal, le tout conformément au Code de commerce.

Pensez-vous que la suppression du système des licences d’importation est la solution idoine pour réduire les importations et rééquilibrer, un tant soit peu, nos différentes balances ?
Je pense qu’il faut ouvrir au préalable un grand débat pour cette décision ou pour une autre. Le problème avec nos différents gouvernements, c’est qu’ils décident de tout sans consultation préparatoire. Il faut demander l’avis des classes concernées, c’est l’esprit même de la démocratie. A chaque fois on nous rétorque avoir concerté le FCE. Je suis désolé, le FCE n’est pas représentatif, il ne peut rien faire. Il est un peu l’UGTA des patrons, c’est tout. Il faut aller plus profondément, vers les chambres de commerce, par exemple, qui sont l’âme de tous les commerçants, qui travaillent avec toutes les franges de la société. Je vous donne un exemple sur la crise du bois, une crise extraordinaire puisque le prix du bois a été multiplié par 5. Des dizaines de menuisiers ont déclaré faillite. Qui va les remplacer ? Pour eux, c’est fini le bois, ils vont devoir vivre d’autre chose, et ce n’est pas évident. On ne fait rien pour résorber la crise mais on encourage le logement. Je suis désolé, mais le logement, c’est du bois, cela va du coffrage jusqu’au bois domestique pour les portes et les fenêtres. Donc, si on encourage une politique, le logement puisqu’on en parle, il faut soutenir tout ce qui va avec, sinon ça n’a pas de sens. Pour encourager un secteur ou un autre, il faut que les décisions prises «là-haut» soient l’émanation de l’avis de ceux qui sont «en bas».