Reporters : Le monde célèbre aujourd’hui la Journée internationale de la femme, quel est l’état des lieux faites-vous des droits de la femme en Algérie ?
Sihem Hamache : Avant de répondre à cette question, permettez-moi de revenir sur la thématique choisie par les Nations unies en 2019, recommandant de « penser équitablement, bâtir intelligemment et innover pour le changement ». Cela s’est produit en Algérie à partir du 22 février 2019, le jour de déclenchement du mouvement populaire. On constate dans la participation de la femme dans le mouvement populaire le choix de bâtir équitablement. Les femmes sont sorties en ce jour pour participer à la fondation d’un Etat de droit. Elles sont au cœur de ce mouvement, œuvrant à assurer sa pérennité. Les femmes avaient opté pour ce choix, apporter un changement mais équitablement. Toutes les familles sont sorties. Elles continuent de défiler aujourd’hui. Ces femmes sortent pour revendiquer la libération des détenus et pour continuer le combat. Donc le 8 mars aujourd’hui est un peu exceptionnel par rapport aux années passées.
Les femmes ont protégé le Hirak en sortant accompagnées avec leurs enfants. Elles poursuivent le combat pour la liberté, l’équité et le changement. L’ex-détenu Fodil Boumala estime à juste titre que le rôle de la gente féminine a été plus efficace dans le Hirak que les hommes.

Mais le fait que les femmes se soient ouvertement affichées et qu’elles aient exprimé des revendications catégorielles pendant le Hirak a suscité des réactions hostiles. Pourquoi cette hostilité ?
La femme a un rôle important dans ce mouvement. Au départ, elles ont été violentées, mais on a fini par accepter cette réalité. Elles portent les mêmes revendications que le peuple et elles ont résisté. Le « carré féministe » a réussi à s’imposer dans les marches contre le système en place.
Mais elles subissent toujours des violences. Comment peut-on expliquer une telle attitude ?
Effectivement. Le rôle de la femme dans cette révolution est primordial, mais cela n’empêche que les femmes sont toujours victimes de violences. Même si la femme est plus présente dans l’espace public, elle se trouve dénigrée quand elle rentre chez elle. Elle subit constamment l’injustice et les inégalités sociales.
En 2015, nous avons réussi à pénaliser la violence faites aux femmes dans les foyers. Une loi censée protéger les femmes contre les violences conjugales a été adoptée le
3 mars à l’Assemblée populaire nationale (APN) par une majorité de députés. Ce texte, qui modifie et complète le code pénal, introduit également la notion de harcèlement dans les lieux publics et celle de harcèlement moral conjugal, mais qui a buté sur des vides juridiques. Nous avons en premier lieu un problème lié au statut social et le regard intérieur que porte la société à vis-à-vis des femmes. Des us et coutumes qui peuvent incriminer une femme. Il y a aussi une mentalité qui n’a pas changé à l’égard des femmes. C’est pour ces raisons qu’on continue notre combat.
Est-ce qu’on est en mesure de défendre la femme de façon « de-sexuée »
La femme exerce ses droits et les revendique. Mais c’est toujours l’homme qui a accès à ses droits plus que la femme. Aujourd’hui, les femmes travaillent, elles sont autonomes… Ces changements positifs sont le résultat d’un long combat. Outre les lois qu’on souhaite corriger, on aimerait que le mentalités suivent les changements de lois et respectent la femme pour ce qu’elle est.

Vous pointez du doigt un déficit dans l’application des lois ?
On est confronté à des vides juridiques et on ne dispose pas de toutes les lois qu’il faut. Dans la loi de 2015, il a été introduit la disposition de « pardon » qui prévoit l’arrêt des poursuites judiciaires en cas de pardon de la victime. Ce qui est condamnable dans le sens où la victime peut pardonner sous pression ou chantage. La loi par exemple condamne le viol, mais ne sanctionne pas le viol conjugal parce que dans notre société, dès le mariage, l’époux peut disposer du corps de sa femme. On ne s’est pas orienté vers la protection de la femme, mais de protéger la famille au détriment de la femme.

Quel rôle pour les associations dans le respect de la femme ?
Les associations sont dans l’obligation de mener des campagnes de sensibilisation sur les droits des femmes.
De nos jours, des femmes sont tuées par leurs conjoints ou proches alors que le droit à la vie est un droit intangible. Il faut informer sur les droits des femmes, les soutenir et corriger les lacunes que contiennent les lois en vigueur.