La presse, on en parle beaucoup et le débat qu’elle suscite est le miroir du contexte politique et économique.
C’est dire que les discussions actuelles portent davantage sur les questions politiques et que les préoccupations relatives aux journaux et revues spécialisés sont aujourd’hui ajournées à une période plus propice. Et pourtant! Sans ces titres spécialisés, il est illusoire de prétendre à une diversification de l’offre. Ici, un échange avec un universitaire, sur la presse scientifique.

Reporters : Si je vous dis presse scientifique en Algérie, que répondez-vous ?
Said Chabani : En dehors des revues de vulgarisation médicale, on peut dire que la presse scientifique en Algérie est presque insignifiante. Il y a eu beaucoup de tentatives, depuis 1990, relatives à la création de revues scientifiques destinées au grand public qui n’ont pu survivre pour des raisons économiques et un lectorat insuffisant en nombre. Bien entendu, nous ne parlons pas de revues purement scientifiques destinées à un lectorat de spécialistes.

On parle d’une presse «grand public» qui a vocation à faire passer et faire comprendre l’information scientifique sans s’enfermer dans le langage et le discours scientifiques purs, n’est-ce pas ?
Oui. Comme je viens de le dire, nous entendons par presse scientifique les journaux et revues qui abordent des sujets scientifiques d’une manière suffisamment vulgarisée et simplifiée pour qu’ils soient accessibles au grand public. Il est à noter tout de même que les grands quotidiens en arabe ou en français ont des rubriques ou des pages réservées à l’information scientifique visant le lectorat, en général, quel que soit le niveau d’instruction.

Certains utilisent le terme de vulgarisation scientifique, vous l’acceptez ?
Il ne s’agit pas de vulgariser le journalisme scientifique. C’est le journalisme scientifique qui a pour objectifs de participer à l’amélioration de la culture scientifique du grand public moyennant la publication d’articles scientifiques vulgarisés et la diffusion de programmes radiophoniques et télévisuels.

Le journalisme scientifique est-il nécessaire ?
C’est absolument nécessaire, car le journalisme scientifique permet au citoyen, indépendamment de son niveau d’instruction, de comprendre le monde où il vit et d’acquérir une culture générale lui permettant d’avoir des opinions sur des sujets qui le concernent dans sa vie quotidienne.

A l’Ecole nationale supérieure de journalisme et de science de l’information (ENSJSI) d’Alger, vous formez les étudiants dans différentes spécialités, dont le journalisme scientifique. Quelle place est accordée au journalisme scientifique ?
A l’ENSJSI, une grande importance a été accordée au journalisme spécialisé. Un besoin en journalistes scientifiques a été vivement ressenti par les médias algériens, que ce soit au niveau de la presse écrite ou audiovisuelle. La filière journalisme scientifique a accueilli des étudiants en Master ayant un haut niveau universitaire, notamment dans le domaine des sciences médicales et des sciences exactes. Nous avons eu comme étudiants des médecins spécialistes, des pharmaciens, des architectes, des ingénieurs… qui avaient manifesté un grand désir d’être initiés au journalisme scientifique. Aujourd’hui, l’ENSJSI est devenue un pôle d’excellence qui reçoit des étudiants à partir du baccalauréat pour deux années préparatoires avant d’accéder au Master spécialisé. Quant aux autres spécialités, il y a la filière journalisme économique, culture et société, et récemment le journalisme sportif, qui ont également une place de choix dans l’exercice de l’activité journalistique.

Qui édite et produit la presse scientifique dans le pays ?
La presse scientifique est, en général, éditée par des entreprises de presse privée. C’est aussi le cas de certaines entreprises ou organisations qui ont des revues qui abordent des sujets scientifiques liés à leurs activités. S’agissant des supports de diffusion de l’information scientifique vulgarisée, elle est diffusée par le biais de la presse écrite version papier, par Internet et les médias audiovisuels.

  • Saïd Chabani est docteur en sciences de l’information et de la communication, ancien Conseiller au ministère de la Communication, Maître de conférences associé à l’ENSJSI