Propos recueillis par Leila ZAIMI
Reporters : Nous célébrons la Journée internationale des droits de l’enfant qui coïncide avec le 1er juin de chaque année. Vous, au sein du réseau Nada, vous travaillez quotidiennement avec les enfants. Quel constat faites-vous ? Les droits des enfants sont-ils assez protégés ?
Sabrina Kareb
: La réalité des enfants en Algérie n’est pas réjouissante. Nos enfants souffrent toujours de maltraitances. Ils subissent continuellement des violences sous diverses formes. Ils sont en situation de vulnérabilité permanente. Certains sont exposés à l’exploitation dans les marchés informels ou encore à la mendicité. Franchement, il n’y a pas eu de résolution remarquable et sérieuse à cet égard de la part des pouvoirs publics. Nous entendons parler souvent de stratégies, mais pas de mise en œuvre sur le terrain, pas de concrétisation.
Malgré l’adoption de la loi 15-12 du 15 juillet 2015 relative à la protection de l’enfant ou l’installation de l’Organe national de la protection et de la promotion de l’enfance, il n’y a pas une révolution en matière des droits de l’enfant en Algérie. Il y a un grand fossé entre les lois et la réalité du terrain. J’aimerais néanmoins souligner le travail des associations et acteurs de la société civile qui font un travail de promotion et de protection des droits de l’enfant. Ils sont proches des enfants et de leurs besoins. Autre point, il n’y a pas de statistiques en la matière qui peuvent nous renseigner sur la réalité de l’enfant en Algérie. Ce que nous déplorons énormément.

Comment comptez-vous marquer la célébration de cette journée mondiale ?
Pour la célébration de la Journée mondiale de l’enfant cette année, le réseau Nada participe aux activités organisées par Tiry Parc de Chéraga à Alger, qu’on remercie d’ailleurs. Les enfants étaient très contents et enthousiasmés par cette animation. Notre réseau Nada participe également à des ateliers organisés par Algerian Foundation for Research and International Legal Cooperation, dont le thème choisi est «Juristes au service de l’enfance». Ces ateliers se sont déroulés au terrain du Golf de Dely Brahim.

Un mot sur les enfants aux besoins spécifiques et ceux exploités dans nos rues dans la mendicité ?
Permettez-moi de vous dire que la situation est très critique. La prise en charge des enfants à mobilité réduite est très limitée. Je profite de cette occasion pour appeler les responsables concernés à améliorer les conditions d’accueil et de prise en charge. Et ce, par le biais de la formation au profit des professionnels. C’est-à-dire, enseigner les différents types d’approches au niveau des centres psychopédagogiques, les universités… Quant aux enfants exploités dans la mendicité, je dois noter que nous avons collaboré avec le ministère de la Solidarité pour endiguer et lutter contre ce fléau. Nous avons élaboré à cet effet des recommandations et des propositions. Pour le moment, nous sommes dans l’attente d’un plan d’action censé traduire une volonté de mettre fin à de telles pratiques.

Quel est le message que vous voudriez lancer aux autorités publiques pour promouvoir les droits des enfants et aller au-delà de ce que disent les textes ?
Le sourire d’un enfant est le meilleur cadeau que l’être humain peut recevoir. En tant que réseau dédié aux enfants, nous souhaitons que chaque enfant ait et profite de ses droits pleinement et qu’il se développe et s’épanouisse dans un environnement sain. A mon sens, il faut mettre en place des passerelles concrètes de coordination et de collaboration entre les autorités publiques et la société civile afin de mettre en place des mécanismes pour opérationnaliser les droits de l’enfant.