Rachid Agoudjil est professeur de médecine, spécialisé en gastro-entérologie. Il est inscrit au tableau national de l’Ordre des médecins à Paris, et titulaire des diplômes universitaires sur les politiques et l’économie de la santé. C’est à ce titre que nous avons sollicité son point de vue sur la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 et la manière dont elle est combattue par les autorités sanitaires dans notre pays. Verbatim.

Propos recueillis par Saïd Radjef
Reporters : Quelle appréciation faites-vous du dispositif sanitaire mis en place par les autorités algériennes face à l’épidémie du Covid-19 ?

Rachid Agoudjil : La mobilisation des confrères et des personnels de la santé est impressionnante. Ceux qui sont aux avant-postes de la lutte contre l’épidémie et passent des jours et des nuits à sauver des vies méritent tous les hommages. Les autorités sanitaires, pour leur part, ont réagi, me semble-t-il, intelligemment et proportionnellement à la gravité de la situation dans le contexte difficile que l’on sait. Il y a chez elles, et malgré la faiblesse des moyens, une démarche rassurante et une gestion qui donnera davantage de résultats si les mesures de précaution et de prévention sont davantage respectées par la population. Leur décision d’utiliser l’hydroxychloroquine est, par ailleurs, courageuse et permet, selon les échos, des résultats prometteurs.

C’était le bon choix à faire ?
Oui, ce choix d’adopter le protocole dit «du professeur Didier Raoult» qui est une sommité dans le domaine de la médecine comme dans celui de la recherche contre les maladies infectieuses, est me semble-t-il encore judicieux. Quand il s’agit de faire face à l’urgence et sauver des vies, il faut essayer tous les protocoles disponibles et sans danger pour la vie des patients. C’est ce qui se passe actuellement d’autant que le médicament utilisé est produit en quantité suffisante en Algérie. En attendant la fabrication d’un vaccin ou la découverte d’un nouveau médicament, l’usage de la chloroquine ou plutôt de son dérivé, l’hydroxychloroquine, en particulier dans le traitement précoce de la maladie, s’inscrit dans le bon sens et devrait contribuer à faire guérir des gens. L’hydroxychloroquine est l’un des rares médicaments qui agit à l’intérieur de la cellule, il joue un rôle sur le PH de la cellule et donc empêche la multiplication du virus. Cet arrêt entraîne la réduction de la quantité du virus, de son efficacité et donc de sa disparition. Avant de le prescrire, il faut un bilan notamment cardiaque. C’est un médicament utilisé depuis plus de 50 ans – certains se rappellent de la Nivaquine que la plupart d’entre nous ont déjà utilisée.

Quid des mesures de confinement et de prévention de la maladie ?
L’épidémie du Covid-19, partout dans le monde, a cette caractéristique de se propager avec une grande rapidité et requiert le plus grand respect des mesures de prévention édictées par la norme médicale et sanitaire. Autrement, son impact est dévastateur, comme on le voit dans certaines situations où les mesures de prévention, notamment de confinement, ne sont pas bien respectées ou prises tardivement. C’est pourquoi il est impératif que ces mesures soient respectées par tous et en tous lieux, en dépit des difficultés que cette situation peut générer au sein de certaines catégories sociales. C’est le prix à payer pour qu’il y ait le moins de personnes affectées et pour que la lutte contre l’épidémie soit la plus efficace possible. La sensibilisation et la discipline en amont sont importantes…

Trouvez-vous suffisants les appels au respect des mesures préventives ?
Ils sont indispensables, mais il faut que les gens les respectent et comprennent que les regroupements sont des risques supplémentaires qu’on peut éviter. Outre les symptômes connus de la maladie (fièvre, toux, irritation de la gorge, difficulté à respirer, maux de tête, douleurs musculaires, fatigue, perte de goût et d’odorat), il y a lieu de retenir que certaines personnes, porteuses du coronavirus, ne présentent aucun symptôme, mais peuvent le transmettre à d’autres. C’est pourquoi il est recommandé vivement de limiter les déplacements et les contacts avec d’autres pour limiter la contamination et la diffusion de la maladie.