Cet analyste des marchés pétroliers démontre via des arguments techniques que les prix du baril de brut ne pourront atteindre à court terme la barre des 100 dollars. Ils se situeront au-dessus de 70 dollars et moins de 90 dollars au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. Noureddine Legheliel aborde également la flambée des prix du gaz à l’international et l’interruption d’Alger de l’approvisionnement en gaz de l’Espagne via le GME.

Par Khaled Remouche
Reporters : Pensez-vous que les prix du baril de pétrole vont atteindre la barre des 100 dollars fin 2021 ou en 2022 ?
Noureddine Legheliel :
L’idée d’un prix du baril Brent á 100 dollars est très difficile à défendre. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons dont trois demeurent essentielles :

  1. L’indicateur de l’analyse fondamentale : le 26 août 2021, le cours du baril Brent était á 70,44 dollars et, le 26 octobre, il se retrouve à 86,54 dollars (cotation pendant la séance) ; la hausse des prix durant cette période de deux mois était de plus de 16 dollars. Autrement dit, de 23%. Cependant, la demande mondiale en pétrole durant ces deux mois est restée presque inchangée. Cela veut dire que cette hausse des prix du Brent n’est pas motivée par les fondamentaux du marché. L’envolée des cours est causée par d’autres paramètres tels que la spéculation. L’hypothèse d’une correction des cours est plausible.
  2. L’indicateur de l’analyse technique : A deux reprises, durant le mois d’octobre 2021, le cours du Brent atteignait les 86 dollars, signalant ainsi le concept du «Double sommet». Cette configuration chartiste des cours est souvent suivie par une baisse des prix.
  3. L’indicateur des structures du marché à terme du WTI : la structure actuelle du WTI est en Backwardation. Le 31 octobre, le contrat à terme du WTI du mois de décembre 2021 était à 83,17 dollars et celui du mois de décembre 2022 était 70,73 dollars, un écart de plus de 12 dollars. Ce grand écart des prix est souvent soumis à une correction, qui veut dire une baisse.

    Quelles sont vos prévisions sur les prix du pétrole et du gaz pour 2022 ?
    Pour le prix du baril Brent, la fluctuation sera entre 70 et 80 dollars. Pour le gaz américain, durant la période janvier-avril 2022, les cours peuvent se maintenir entre 5 et 6 dollars le MMBTU, quant au marché européen, le prix du gaz importé oscillera entre 15 et 18 dollars MMBTU pour la même période de janvier-avril.

    L’Algérie profite-t-elle de la hausse actuelle du prix du gaz naturel et du GNL sur les marchés internationaux ?
    Malheureusement, l’Algérie ne profite pas de la hausse actuelle des prix du gaz, la stratégie de commercialisation du gaz pratiquée par Sonatrach la sanctionne. Une stratégie qui date des années 1970 et qui consiste à miser sur les contrats à long terme. Cependant, sur la vente du GNL, la Sonatrach peut profiter de cette hausse des prix si elle oriente sa stratégie vers les prix Spot. Il n’est pas trop tard.

    Que pensez-vous de la décision des autorités algériennes de ne plus exporter le gaz naturel vers l’Espagne via le GME ?
    La décision est non seulement raisonnable mais, en plus, bénéfique pour l’Algérie, puisque le Medgaz a une capacité max de 10 milliards de mètres cubes par an. Mais les quantités du gaz algérien exporté vers l’Espagne et le Portugal sont de l’ordre de 14 milliards de mètres cubes ; les 4 milliards seront exportés sous forme de GNL au prix actuel. La Sonatrach profitera de la hausse des prix actuels du GNL observée sur les marchés européens du gaz.

    Comment évaluez-vous les répercussions de cette interruption des exportations gazières vers l’Espagne via le GME, effective depuis le 31 octobre ?
    Je lis souvent des experts pétroliers, des politiciens et des journalistes algériens qui répondent à cette question en se référant toujours à la politique et à la géopolitique. Moi, je pense, qu’il faut se focaliser sur le prix du gaz qui est en train de battre des records historiques. Profitons de cette hausse des prix en imposant nos conditions aux Espagnols, nous sommes, aujourd’hui, en position de force pour négocier avec eux.