Reporters : Vous observez depuis plusieurs années les mouvements sociaux en Algérie. Quelle analyse faites-vous de celui mené actuellement par les médecins résidents ? 

 

Nacer Djabi : L’observation que je ferai concerne les syndicats autonomes. Il y a chez eux une vigueur et un dynamisme indiscutable. Cela s’explique entre autres par le fait que leurs directions respectives estiment qu’ils sont aujourd’hui en bonne position pour faire avancer leurs revendications socioprofessionnelles. Ils sont persuadés que le temps de négociation actuel est le plus propice et cherchent donc à l’exploiter au maximum. Ces syndicats brillent également par leur jeunesse et leur expérience relativement courte même si certains d’entre eux sont sur le terrain depuis une vingtaine d’années. Certaines corporations comme celle des médecins résidents ont, pour elles, l’atout de l’utilité et d’intervenir dans un secteur où le chômage n’existe pratiquement pas, alors que le marché du travail, dans la santé pour préciser mes propos, a plus que jamais besoin d’eux. Cela les met dans un rapport de force favorable par rapport au gouvernement et ne craignent pas l’effet de représailles comme chez d’autres groupes socioprofessionnels où la courbe du chômage est importante.

 

Le mouvement des médecins résidents vous paraît-il annonciateur d’une nouvelle manière de faire du syndicalisme dans notre pays ? 
Ce sont tous les syndicats autonomes et à leur velléité à se regrouper au sein d’une confédération qui signalent cette tendance. Elle n’est d’ailleurs pas si récente qu’on le croit et date de presque deux décennies. Le syndicalisme que ces corporations socioprofessionnelles pratiquement depuis près d’une vingtaine d’années a marqué des points, notamment dans le secteur de l’éducation nationale, mais il reste encore en formation. Le processus n’est pas terminé. Il devrait connaître de nouvelles évolutions en 2018 et 2019 que des économistes présentent comme des années où la crise économique commencée en 2014, à la suite de la chute du prix du baril sur les marchés internationaux, va connaître un pic. 

Pourquoi dites-vous cela ? 
Je dis cela sur la base que les revendications de ces syndicats se focalisent essentiellement autour des salaires et du pouvoir d’achat. Ce dernier point en particulier, en relation avec la baisse de la valeur du dinar et l’inflation qu’on annonce à trois chiffres, connaîtra certainement des évolutions négatives durant l’année prochaine et celle d’après, si les prix du pétrole ne s’améliorent pas. La réforme du code du travail et du régime des retraites, deux dossiers qui ne sont pas encore réglés, risquent eux aussi d’être un puissant carburant du front social durant les mois prochains.

Vous tablez-donc sur un scénario de confrontation ? 
Non, je n’ai pas dit cela, je dis que les paramètres annoncés de l’économie nationale vont certainement renforcer les syndicats autonomes dans leurs revendications et que le front social, sans préjuger de la capacité de négociation du gouvernement, risque d’être plus agité qu’auparavant. 

Recueillis par Aziz Latrech