Reporters : Dans le dernier communiqué de votre association, on apprend que des abonnés continuent de se plaindre de ne pas pouvoir conserver leur numéro lorsqu’il change d’opérateur. Et pourtant, le règlement en vigueur stipule aux opérateurs de téléphonie mobile de s’y soumettre…
Mustapha Zebdi :
Depuis 2018, nous ne cessons d’interpeller l’ARPCE d’intervenir, car c’est l’une de ses missions fondamentales pour que les opérateurs de téléphonie mobile n’en fassent plus à leur tête, alors que les textes de lois ont été promulgués. Et ce qui est tout à fait regrettable, c’est que les étrangers de passage en Algérie gardent leur numéro tout en usant des offres commerciales d’un opérateur. Du coup, l’abonné local est en droit de se demander pourquoi ces «deux poids de mesures». On peut comprendre que l’opérateur cherche avant tout à fidéliser ses abonnés, mais à partir du moment où un décret exécutif existe et a été promulgué, la concurrence n’est plus tolérée.

Si l’on comprend bien, sur le terrain, malgré les textes de loi, tout se passe comme si de rien n’était, c’est-à-dire les opérateurs font la sourde oreille. Cela relève donc de l’illégalité ?
Effectivement. D’autant plus que les textes de lois sont clairs et ne souffrent d’aucune ambiguïté. On lit, en effet, dans le décret relatif à cette disposition que l’itinérance nationale, prévue dans la loi 18-04 fixant les règles générales relatives à la poste et aux communications électroniques, vise à l’amélioration des prestations offertes aux abonnés par les opérateurs de téléphonie mobile. En clair, cette itinérance nationale est une forme de partage d’infrastructures actives permettant aux abonnés d’un opérateur de réseau mobile de communications électroniques d’avoir accès au réseau et aux services offerts par un autre opérateur de réseau mobile dans une zone non couverte par le réseau du premier tandis que la portabilité des numéros permet à l’abonné de conserver son numéro lorsqu’il change d’opérateur.

Faut-il déduire qu’à partir du moment où le règlement est clair et que sur le terrain on assiste à sa non-application, l’Autorité de régulation, l’ARPCE, est responsable ?
Cela va de soi ! C’est à l’Autorité qu’incombe de faire appliquer sur le terrain le règlement. Mais lorsqu’on s’aperçoit que malgré tous nos appels depuis 2018, la situation est restée telle quelle, cela veut dire que l’équipe qui est à la tête de l’ARPCE a failli dans sa mission. Et donc, il est devenu impératif de changer sa composante. C’est d’ailleurs ce que nous allons soumettre à la chefferie du gouvernement afin que les abonnés ne soient plus confrontés à certaines contraintes.

Vous considérez que c’est là le seul moyen pour que le règlement soit appliqué à la lettre ?
Je ne vois pas d’autre solution. C’est d’ailleurs rendu nécessaire devant le nombre sans cesse croissant des abonnés qui se sentent pénalisés par le refus de ne pouvoir conserver leur numéro de téléphone tout en changeant d’opérateur.

Vous venez de nous révéler que les réclamations n’ont pas cessé d’augmenter ces dernières années, peut-on en connaître le nombre, du moins ceux dont l’Apoce a accusé réception ?
En 2020, l’Apoce a été destinataire de pas moins de 50 000 doléances d’abonnés qui ont été confrontés à la problématique de l’itinérance téléphonique. Un chiffre qui parle de lui-même et devrait inciter les hautes autorités du pays à intervenir. En commençant, comme je l’ai dit auparavant, par limoger la composante de l’ARPCE si l’on veut que les doléances ne soient pas lettres mortes et cela au grand détriment du consommateur.