Mouloud Bakli, membre du club dédié au développement des énergies renouvelables en Algérie, évoque les enjeux liés au programme national lancé en 2011. Il revient sur l’attente des appels d’offres qui « devraient être lancés prochainement », mais aussi sur le retard que risque de connaître l’Algérie par rapport aux autres pays du continent.

 Reporters : Comment appréhendez-vous les orientations du gouvernement en matière d’énergie ?
Mouloud Bakli : Cela se traduit par la volonté d’avoir une chaîne de valeur à partir du pétrole et du gaz comme ce qui se fait dans la pétrochimie. Les dernières orientations du gouvernement vont dans ce sens et aussi dans le renouvelable où on peut créer une filière industrielle locale, avec la participation de nombre de PME. Au vu du potentiel de l’Algérie en énergie renouvelable, nous pouvons rapidement jouer dans la cour des grands.

 Sur quoi vous appuyez-vous pour avancer que le renouvelable est une nécessité pour l’Algérie ?
L’Algérie est dans l’obligation d’aller vers le solaire car c’est une question de prix. L’Arabie saoudite, par exemple, est en phase de stopper entre 5 et 10 GW issus de centrales à gaz car le solaire est pratiquement gratuit. C’est une issue inévitable.
Il faut rappeler aussi que le solaire est devenu beaucoup moins onéreux que le gaz. Si on procède bien quant à la chaîne de valeur et l’écosystème, le kilo-watt/heure (KWh) peut atteindre 4 DA, alors qu’actuellement il coûte à l’Etat 11 DA. C’est une aberration d’utiliser encore le gaz pour produire de la lumière. Nous travaillons avec les autorités pour développer le renouvelable en Algérie, nous sommes optimistes car il y a beaucoup d’échanges d’informations et de transparence entre les différents acteurs dont le cluster énergie renouvelable.

Faut-il des leviers incitatifs pour lancer véritablement le programme national qui reste timide après avoir été lancé en 2011 ?
Pour permettre au renouvelable de se lancer véritablement, il doit y avoir des programmes d’incitation pour que les entreprises énergivores intègrent le renouvelable dans leur mix pour atteindre 5 à 10% de leurs sources énergétiques. D’autre part, il y a ce qu’on appelle « le résidentiel », c’est-à-dire l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit des habitations. La Tunisie s’est lancée dans ce programme et elle a réussi à décoller avec un nombre appréciable de MW produits, nous pouvons nous en inspirer.

 Lors de la conférence, il a été dit que les appels d’offres se font attendre. Y a-t-il des avancées à ce propos ?
On a eu des échos quant au lancement des appels d’offres prochainement. Cela doit se faire après l’étude de deux segments qui sont la partie industrielle et la partie financière. Mais lors des différentes réunions entre le FCE et les pouvoirs publics, nous avons constaté qu’il y a eu beaucoup d’avancées permises notamment par une réelle prise de conscience des pouvoirs publics quant à l’intérêt du photovoltaïque comme étant l’énergie la moins coûteuse.
Les appels d’offres peuvent attirer des investisseurs sur un nombre important de MW mais c’est surtout une question de prix, à 3 ou 4 DA le KWh, la production d’énergie photovoltaïque pourra assurément connaître un grand essor.

Des pays africains sont-ils en train de dépasser l’Algérie dans la course au développement des énergies renouvelables ?
En termes de parc photovoltaïque installé, l’Algérie est classée au niveau continental à la deuxième place derrière l’Afrique du Sud. Mais il est vrai que nous sommes en train de perdre cette place à une vitesse vertigineuse et nous pourrions nous retrouver 5e ou 6e place. L’Egypte a lancé, il y a deux jours, une centrale solaire de 1 600 MW, ce sera la plus grande centrale au monde. Au Sénégal, au Ghana, et en Egypte, le développement du photovoltaïque explose. L’Algérie a pour sa part installé plus de 300 MW il y a trois ans, mais depuis, il n’y a rien eu. C’est un problème sur lequel il faudra se pencher rapidement.
Recueillis par Rafik AIOUAZ