Dans cet entretien, l’expert en économie et en agriculture, Moncef Zemmouchi, revient sur l’impact des incendies déclenchés ces derniers temps dans le centre et l’est du pays, affectant plusieurs secteurs.

Entretien réalisé par Fazil Asmar
Reporters : Quel est l’impact écologique, humain et économique des derniers incendies en Algérie ?
Moncef Zemmouchi :
Les conséquences de ces incendies sont d’abord physiques et directes. Comme plusieurs milliers d’hectares ont été brûlés, des logements et des espaces forestiers sont détruits, des personnes ont péri, ainsi que plusieurs espèces d’animaux. Des conséquences, ensuite, sur l’écologie et la biodiversité. Après la dévastation initiale des incendies, leurs effets se poursuivent. En plus des espèces animalières, beaucoup d’insectes vont probablement mourir au cours des semaines et des mois à venir en raison de la perte d’habitat et de sources de nourriture. Nous perdons ainsi des espèces sauvages et domestiques, impactant les écosystèmes vitaux desquels dépend notre propre production alimentaire. Ce qui rendra encore plus difficile notre quête relative à notre autosuffisance alimentaire. Nous serons peut-être même obligés de revenir aux importations. Si une stratégie de développement réelle et efficace n’est pas mise en action, nous allons souffrir économiquement et socialement. Des conséquences également sur la santé publique, car en raison de l’épaisse fumée et de la pollution de l’air résultant des incendies, les régions sinistrées vont enregistrer le pire indice de qualité de l’air de toutes les grandes villes en Algérie. Les feux de forêt produisent une fumée nocive qui peut causer des décès et générer une pollution atmosphérique sous forme de particules fines qui menacent directement la santé des êtres humains, même lors d’expositions relativement courtes. Les effets de l’exposition à la fumée et de son inhalation peuvent comprendre l’irritation des yeux et des voies respiratoires ou des troubles plus graves, comme une réduction de la fonction pulmonaire, des bronchites, une exacerbation de l’asthme et la mort prématurée. Les cendres des incendies ont atterri dans les cours de récréation des écoles, les espaces publics et sont rejetées sur les plages et dans les réserves d’eau douce et les bassins versants. Les bassins de captage d’eau potable sont généralement des zones forestières et sont donc vulnérables à la pollution par les feux.

Sans oublier l’effet psychologique…
De nombreuses personnes, effectivement, subissent des traumatismes mentaux suite à l’expérience d’une évacuation d’urgence et à la perte de leur logement, de leurs animaux domestiques, de leurs biens, de leur bétail ou d’autres sources de revenus. De telles expériences peuvent avoir des effets durables sur la santé mentale des communautés touchées.

Qu’en est-il de l’impact sur l’économie et l’agriculture ?
Il est clair que les infrastructures, les espaces forestiers et agricoles ont été endommagés par les incendies et que cela impacte des secteurs tels que l’agriculture, l’élevage et le tourisme. En termes de récupération des pertes pour les citoyens et pour les investisseurs, l’Etat devra intervenir rapidement afin de permettre surtout aux citoyens de reprendre une vie normale. Les feux ont brûlé les pâturages, détruit le bétail et rasé les forêts. Leur repousse et leur reprise seront susceptibles d’ajouter un stress supplémentaire aux ressources en eau déjà mises à mal par la sécheresse. L’approvisionnement en produits laitiers, agricoles et miel sera probablement le plus touché. Ainsi que la production des viandes et de laine.