Dans cet entretien, l’expert Moncef Zemmouchi estime qu’il nous faut une expertise internationale pour tracer une stratégie durable et non des manifestations conjoncturelles, dont l’apport est de courte durée.
Entretien réalisé par Fazil Asmar
Reporters : L’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex) a lancé, récemment, une galerie virtuelle en ligne «Algeria Exporters» dédiée à la promotion des services et produits algériens à l’international dans le secteur pharmaceutique. C’est une plateforme destinée, également, à la mise en relation d’affaires directe entre nos opérateurs et les éventuels clients étrangers. Que pensez-vous de cette initiative ?
Moncef Zemmouchi : Toute initiative pour faire connaître et promouvoir nos produits à l’international est la bienvenue. De la part surtout d’un organisme, Algex, qui a fait ses preuves sur le terrain et qui contribue du mieux qu’il peut à l’essor de nos opérations d’exportations. Seulement, je pense que les opérateurs qui seront présents dans cette galerie, qui est la vitrine de notre industrie pharmaceutique, doivent être triés sur le volet car c’est un secteur très sensible. Les petits vendeurs de produits pharmaceutiques ne seront pas, je pense, à leur place dans cette vitrine vu que c’est un secteur qui exige de l’excellence. Si la référence des vendeurs n’est pas à la hauteur, il sera difficile à ces derniers de briller à l’international. C’est pour dire que le choix des opérateurs et des produits à commercialiser à l’international est de la plus haute importance. Cela reste, cela étant dit, une bonne initiative à encourager bien qu’elle ne soit pas suffisante pour booster réellement nos exportations.
Pour booster justement nos exportations, la 35e édition de la manifestation internationale «Assihar Tamanrasset» se tiendra du 26 décembre 2021 au 8 janvier 2022. Son but est de renforcer la position économique de l’Algérie en Afrique et contribuer à l’amélioration de l’accès du produit algérien au marché africain…
Comme je l’ai déjà dit, il faut beaucoup plus pour booster nos opérations à l’export. De cette manifestation découlera, certainement, un apport mais il ne sera pas, à mon avis, très important. Cela fait des années que se tient cette manifestation et son impact n’est pas encore très visible même si c’est une bonne initiative. Je pense qu’il faudra faire un bilan des éditions précédentes avant de lancer la prochaine et l’améliorer afin qu’elle réponde aux besoins. Il faudra aussi désigner avec précision quels sont les opérateurs ciblés dans cette manifestation. Savoir quels sont les opérateurs à approcher ? Les petits vendeurs ou les opérateurs de taille ? Ces derniers, il faut le dire, ne prennent part qu’à des événements d’envergure. Si on ne compte que sur les représentants des ambassades étrangères en Algérie, cela ne sera pas suffisant. Certes, c’est toujours bien d’impliquer la diplomatie dans des manifestations de ce genre, mais on a constaté, par le passé, que cette voie n’apporte pas tellement de fruits. Pas au cours des dernières années en tout cas. Comme la galerie virtuelle lancée par l’Algex, cette manifestation reste une bonne initiative mais elle ne va pas réellement contribuer à atteindre nos objectifs à l’export. Il faut dire aussi que nos opérateurs ne maîtrisent pas encore ce créneau. On ne compte pas de grands exportateurs en Algérie et l’export est un métier qu’on est toujours en train d’apprendre. Contrairement à ce que l’on pense, l’Afrique n’est pas un client des plus faciles. C’est pour cette raison qu’il faudra faire un bilan de nos exportations en Afrique et de toutes nos manifestations à l’export avant de définir la démarche à suivre.
Selon l’organisateur de cette manifestation, à savoir le ministère du Commerce, cet événement va contribuer à ériger la wilaya de Tamanrasset en pôle commercial d’excellence…
Je pense que ce sera utopique de le croire. Tamanrasset ne pourra pas devenir un pôle d’excellence grâce à cette manifestation mais en se développant et en prenant l’allure d’une véritable cité. Ce qui exige de gros budgets pour se doter des infrastructures qu’il faut, de tous les moyens logistiques, routiers surtout, de maintenance, d’emmagasinage, en matière de services, attirer les investisseurs et producteurs… Une manifestation d’une semaine ne fera pas de Tamanrasset un pôle d’excellence. Si on veut vraiment développer nos exportations, il sera nécessaire de consulter des experts en la matière, à l’international, pour tracer une stratégie durable et des objectifs précis. On a besoin d’une expertise mondiale et non locale pour booster nos exportations. Et surtout pas de manifestations qui brillent durant quelques jours, suivies d’un silence radio qui contribue à ce que notre export reste embryonnaire. <