Dans cet entretien, l’expert dans l’export Moncef Zemmouchi indique que gagner des parts de marché sur le continent africain ne sera pas aisé tant que nos opérateurs ne maîtrisent pas encore tous les métiers à l’export.

Entretien réalisé par Fazil Asmar
Reporters : L’Algérie vient de ratifier son entrée officielle dans la zone de libre-échange économique continentale africaine (Zlecaf). Comment évaluez-vous le marché africain à l’heure actuelle ?
Moncef Zemmouchi :
Actuellement, les échanges entre nations africaines ne représentent que 16%, tandis qu’en Europe et en Asie, le taux dépasse largement 60%. L’objectif de l’Union Africaine est donc de faire progresser ces échanges pour créer davantage de richesses. L’Afrique est un marché de 1,2 milliard de personnes, d’une valeur de 3 000 milliards USD et un produit intérieur de 2 500 milliards USD. Il est attendu que les potentialités et les capacités économiques du continent africain connaissent dans les années à venir une exploitation optimale grâce aux flux commerciaux intracontinentaux qui devront avoisiner les 52% au lieu du taux actuel. L’annulation progressive des tarifs douaniers dans le commerce interafricain à hauteur de 90% des taxes douanières sur une durée de 5 ans pour les pays en développement permettra de booster les échanges et de stopper le dumping et l’importation d’autres continents.

Qu’en est-il de l’Algérie par rapport au marché africain ?
Le volume des échanges commerciaux algériens avec la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ne dépasse pas 3 % du total des échanges. L’Algérie occupe la 20e place du total des pays fournisseurs du continent, soit 0,4% du total des importations du continent africain. Ce chiffre est révélateur quant au retard de notre pays dans le marché africain. La Zlecaf a pour principaux objectifs de créer un marché unique pour les marchandises et les services, faciliter la circulation des personnes afin d’approfondir l’intégration économique du continent africain, contribuer à la circulation des capitaux et des personnes physiques et simplifier les investissements en s’appuyant sur les initiatives et les développements dans les Etats. Il s’agit aussi de créer une union douanière continentale, de renforcer la compétitivité des économies des Etats aux niveaux continental et mondial et promouvoir le développement industriel à travers la diversification et le développement des chaînes de valeurs régionales, le développement de l’agriculture et la sécurité alimentaire. Cela répond aux attentes de toute l’Afrique. Notre continent, en dépit de ces moments difficiles, possède toutes les chances (technologie, ressources humaines, naturelles et position stratégique entre les continents) pour réduire leurs dépendances en divers produits et services ainsi que leurs dépenses budgétaires et les relocaliser à d’autres secteurs (formations technologie…). Cependant, les autres parties extérieures vont certainement essayer de réduire ce traité à néant et même dissuader certains afin de maintenir leur présence économique et politique dans la région. Tout dépend donc des décideurs africains et de leur volonté de se libérer économiquement mais surtout, politiquement.
Pour toutes ces raisons, notre pays doit faire en sorte de bien s’équiper administrativement et au niveau des banques, assurances et d’autres services liés aux exportations et aux investissements. Développer des outils permettant aux opérateurs de faire face à la compétition et à produire plus. Cela dit, il faut savoir, qu’actuellement, avec les poursuites contre des opérateurs industriels nationaux et le placement sous mandat de dépôt d’un exportateur de médicament comme Nabil Mellah de Merinal, premier opérateur dans ce marché vers l’Afrique, les signaux ne sont pas encourageants. Les entreprises étrangères qui disposent de marges de manoeuvre plus importantes et d’un contexte d’affaires moins contraignant chez elles risquent de supplanter nos PME en Afrique. Cette situation va leur permettre d’occuper davantage le terrain africain.

Outre les quelques entreprises nationales déjà en contact avec le marché des pays africains, qu’en est-il pour toutes celles qui ambitionnent d’y aller?
D’abord une question : tous ces opérateurs sont-ils prêts à se lancer dans cette aventure ? A mon avis, non, car la majorité souffre de lacunes dans les métiers à l’export et par voie de conséquence, ils laissent le champ libre aux plus expérimentés pour dominer le marché africain.