Reporters : Le président des Etats-Unis Donald Trump a décidé de déplacer l’ambassade de son pays en Israël de Tel-Aviv vers Jérusalem (Al Qods). Quelles en sont les conséquences ?

Mohand Arezki Ferrad : Avant les conséquences, le constat que l’administration Trump à la Maison-Blanche a été plus sensible à la pression du lobby sioniste à Washington. L’idée du transfert de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv vers Al Qods n’est pas nouvelle. Elle date du milieu des années 1990, mais elle a toujours été repoussée par les différents chefs d’Etat américains qui ont précédé M. Trump jusqu’à ce que ce dernier mette fin à une règle dictée par la sagesse et la prudence. Il est assez aventurier pour avoir osé ce basculement, dont les conséquences, j’y viens, vont être importantes dans le monde arabo-musulman en particulier. Je n’exclus pas le réveil de la rue dans cette zone géographique et je m’attends à des manifestations violentes devant les représentations diplomatiques américaines. Cela va mettre de nombreux Etats de la région dans la gêne par rapport à leur opinion et ils vont devoir s’expliquer sur la nature de leur relation avec les Etats-Unis. La décision de Trump ne met pas la région sous tension seulement, elle introduit désormais un élément de déstabilisation profond. C’est un tournant dangereux qui s’annonce.

Comment expliquez-vous la décision  du président Trump ?
C’était d’abord une promesse électorale. Maintenant, il est passé à l’acte sous la pression, je l’ai dit, du lobby sioniste. Ce chef d’Etat lui-même n’est pas un fin politicien, mais un grand homme d’affaires qui ne cache pas son hostilité aux arabes et aux musulmans. Cet élément a beaucoup pesé et la lecture de ses conseillers favorables au transfert de l’ambassade américaine à Al Qods a été de dire que les rapports de force dans le monde arabe et dans le monde arabo-musulman permettent qu’il aille vers cette décision qui, en vérité, aggrave la situation au Proche-Orient mais pas seulement. Dans cette affaire, ceux qui ont perdu à la Maison-Blanche sont ceux qui  militaient pour la poursuite du statu quo. Ceux qui ont perdu aussi sont tous les Etats arabes qui ont  des liens privilégiés avec les Etats-Unis et qui se  trouvent maintenant dans une position très inconfortable qu’ils vont devoir gérer. Cela va être très délicat pour eux.

En résumé, leurs réactions vont être  mitigées, c’est cela ?

Dans de nombreux pays arabes et musulmans, les Etats vont devoir gérer les manifestations de rue et faire des déclarations de condamnation. Je ne vois pas ce qu’ils peuvent faire d’autre, même si l’hypothèse de dérapage populaire n’est pas exclue. Pour l’instant, j’estime qu’il faut observer la position de la Turquie qui a convoqué un sommet, pour le 13 décembre, à Istanbul et qui menace de rompre ses relations avec Israël. Je prévois aussi une réaction forte de l’Iran, ainsi que du Hezbollah libanais, dont les positions à eux deux restent très fortes en ce qui concerne la défense de la cause palestinienne. Le scénario d’une nouvelle intifada palestinienne, surtout, reste plus que jamais à l’ordre du jour.