PROPOS RECUEILLIS PAR NAZIM BRAHIMI
Reporters : Le secteur de l’Education est de nouveau rythmé par les grèves. Pourquoi les débrayages persistent-ils ?
Meziane Meriane :
Il y a un phénomène naturel qui est action-réaction. S’il y a déclaration de grève, c’est que des problèmes socio-professionnels n’ont pas trouvé de solutions. On peut le dire sans risque de se tromper, il n’y a jamais eu de dialogue social au sens propre du terme. Il y a eu des rencontres, mais jamais on n’a négocié des salaires. Les syndicats autonomes ont toujours été écartés des véritables rencontres avec la chefferie du gouvernent qui a le pouvoir de décision. Les grèves sont normales au sens syndical du terme, c’est-à-dire que tout différend entre travailleurs et patrons débouche inévitablement sur des arrêts de travail. Mais, il faut créer un climat de transparence, de vérité entre les protagonistes pour désamorcer les antagonismes.

Curieusement, les derniers appels à la grève interviennent au moment où la tutelle tente d’ouvrir un dialogue avec les organisations syndicales. Ne voyez-vous pas un paradoxe avec une offre de dialogue et une récurrence de la contestation ?
Personnellement, je ne remets pas en cause la sincérité du ministre de l’Education nationale, qui a toujours démontré sa disponibilité à résoudre les problèmes du secteur. La problématique est ailleurs. Le ministre de l’Education ou un autre n’a pas la prérogative de négocier l’amélioration du pouvoir d’achat. Il ne faut pas avoir la mémoire courte ; l’année passée, certaines wilayas étaient en grève pendant plus de quarante jours, les autorités, au lieu de se pencher sur les problèmes posés, ont fait la sourde oreille par impuissance ou par incompétence. Alors qu’il s’agit d’ouvrir un véritable dialogue et essayer de régler les problèmes en fonction des données économique et financière avec un planning. Le dialogue du ministre a porté sur l’ouverture du statut promulgué en 2012 dans la précipitation, avec toutes les incohérences et les bavures. Ce qui est positif, ici, c’est que le ministre a limité le travail de la commission à quatre mois. En ce qui concerne la baisse de l’IRG et l’augmentation du point indiciaire, on est toujours en position d’attente pour savoir de combien sera la baisse et l’augmentation.

La question de l’intégration des enseignants contractuels reste pendante, alors qu’il y a eu de nouveaux établissements livrés, censés générer des recrutements. Pourquoi la problématique reste posée au moment où certaines matières ne sont pas pourvues en enseignants, y compris dans la capitale ?
La problématique est liée aux postes budgétaires qu’on accorde au secteur de l’Education suivant la sante financière de notre pays. On fait appel aux contractuels, qu’on va remercier, malheureusement, par la suite lorsqu’un normalien lié par un contrat avec l’Education, débarque malgré l’expérience acquise. C’est une aberration. Nous avons réagi à ce propos lors de notre dernière rencontre avec le ministre, mais, il me semble que le moment est venu d’avoir les moyens de sa politique si on veut que l’Ecole algérienne retrouve sa place.

Des organisations représentant des parents d’élèves n’apprécient pas la récurrence des appels à la grève. Elles comptent interpeller les autorités pour ne «plus prendre en otage l’avenir» des élèves. Qu’en pense votre syndicat ?
On aurait aimé que ces associations interviennent en amont et non en aval. On aurait aimé aussi que ces associations dénoncent les conditions lamentables dans lesquelles évoluent les enfants. On aurait aimé également qu’elles interviennent avant le déclenchement de la grève et non pas après. Les grévistes et les syndicalistes sont aussi parents d’élèves. Je dois dire qu’il est plus important qu’on arrête de faire dans la surenchère sur l’éducation de nos enfants. Il faut arrêter avec ce genre d’agissements.

La Confédération des syndicats algériens (CSA) hésite encore sur la démarche de contestation à suivre. Est-ce, selon vous, en raison de l’absence d’un consensus ?
L’union fait la force. Pour notre part, on aurait aimé déclencher un mouvement de protestation ensemble et multisectoriel, mais comme chaque syndicat garde son autonomie à l’intérieur de la Confédération des syndicats algériens (CSA), il y a eu des démarches solitaires. Le gouvernement veut bien avoir à régler un problème sectoriel au lieu d’un problème multisectoriel. Il faut signaler aussi au passage que la CSA n’a toujours pas son récépissé d’enregistrement.