Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) ne semble pas près d’accepter la note de la tutelle interdisant aux pharmaciens d’accomplir des analyses médicales dans leurs établissements. Son président, Messaoud Belambri, pointe, dans cet entretien, ce qu’il considère comme « une ignorance totale» des compétences des professionnels du secteur. Il dit également refuser de manière catégorique les arguments avancés par la DGSSRH pour appuyer ladite note.

Propos recueillis par Milina Kouaci

Reporters : La DGSSRH a instruit les Directeurs de santé publique (DSP) d’agir contre les pharmaciens d’officine qui procèdent à des analyses médicales à l’intérieur de leurs officines et menacé même de sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la fermeture de la pharmacie…
Messaoud Belambri :
Remettre en question la compétence des pharmaciens qui sont habilités techniquement, professionnellement et biologiquement à réaliser des analyses médicales en officine nous met en colère. Nous réfutons catégoriquement tous les arguments remettant en cause les compétences du pharmacien et son habilité à réaliser des analyses médicales.
D’ailleurs, je rappelle que tous les laboratoires des structures de santé d’Algérie sont tenus et gérés sous la responsabilité de pharmaciens. Et le fait de prétendre, aujourd’hui, qu’un pharmacien n’est pas habilité à effectuer des analyses médicales témoigne d’une ignorance totale de ses compétences et du mépris envers lui. Il ne faut pas omettre que durant sa formation et ses stages, le pharmacien effectuait des analyses lors de son internat au sein des plus grands laboratoires des CHU, spécialisés en toxicologie, biochimie et d’hématologie.

La formation du pharmacien est principalement biologique. Le cursus et la formation de pharmacien sont basés sur un aspect fondamental et biologique. Il fait des études autour de la chimie analytique, la biochimie, la microbiologie, la toxicologie, la bactériologie et d’hématologie. Je répète, nous avons la compétence d’effectuer des analyses au sein de nos officines.
Mais la DGSSRH parle d’une infraction à la réglementation régissant la profession…
Depuis l’Indépendance, les pharmaciens ont été autorisés à effectuer des analyses médicales au niveau des officines. Un décret présidentiel qui faisait office de la loi sanitaire de 1976 obligeait les pharmaciens à effectuer des analyses médicales au niveau des officines. Il en est de même pour la loi sanitaire 85-05 du 16 février 1985 qui oblige également dans son article 189 le pharmacien d’effectuer des analyses médicales au niveau des officines. Aussi, après la révision en 2006 de la loi 85/05, le pharmacien était toujours autorisé à procéder à des analyses médicales. Idem pour la loi sanitaire de 2018 dans son article 179, qui stipule qu’un officinal doit assurer certains services liés à la santé. Il doit donc être impliqué dans l’observance des traitements, dans le suivi des malades chroniques et dans la prévention et le dépistage. Et le fait d’impliquer un professionnel de santé dans le dépistage indique qu’il est en mesure d’effectuer des analyses médicales d’orientation. L’officinal est compétent. L’OMS recommande d’ailleurs, à tous les pays du monde, de faire évoluer le métier de pharmacien. Cependant, il reste à définir les paramètres réalisables en pharmacie et les conditions et les modalités de réalisation des analyses médicales.

Vous plaidez donc pour l’instauration d’un cadre réglementaire régissant cette activité au sein des pharmacies…
Il y a un vide juridique. Et nous avons toujours appelé le ministère de la Santé à définir les cadres réglementaires et une liste définie des paramètres autorisés en officine. Ceux qui tentent de faire croire que le pharmacien exige d’ouvrir un laboratoire en parallèle avec une pharmacie se trompent et induisent en erreur l’opinion publique. Nous insistons sur le fait qu’un pharmacien est habilité à effectuer des paramètres et analyses médicales de base et d’orientation. C’est une aberration de permettre, à titre d’exemple, à un diabétique de mesurer sa glycémie au niveau de son domicile et qu’on interdise en parallèle aux pharmaciens de le faire. Nous demandons, comme cela été toujours le cas depuis l’Indépendance, d’autoriser au pharmacien de réaliser des examens biologiques et médicaux au niveau de son officine, des examens de base et d’orientation.
Je me demande s’il est raisonnable d’obliger un citoyen d’effectuer des dizaines ou parfois de centaines de kilomètres pour aller faire une analyse de base de glycémie et un fms cholestérol, qui sont des examens d’orientation de base, au niveau d’un grand laboratoire agréé. Ce n’est pas censé qu’un citoyen habitant à Aïn Guezam se déplace à 800 km d’Adrar pour faire une analyse médicale.

En Europe, le pharmacien fait la vaccination contre la grippe, la Covid-19. Chez nous on veut tout interdire aux pharmaciens, qui ne sont pas de simples vendeurs de médicaments.
Vous appelez à l’abrogation de la note ministérielle vous interdisant d’effectuer des paramètres
La DGSSRH s’est précipitée d’émettre une note sans se concerter avec les pharmaciens d’officine et le Conseil de l’Ordre des pharmaciens. Notre corporation refuse qu’on lui interdise d’effectuer la moindre analyse médicale sachant que beaucoup de pharmaciens à travers le territoire national offrent d’énormes services à la population en matière d’examens d’orientation et de base. Et nous appelons effectivement le ministère de la Santé à annuler immédiatement cette note et à inviter les concernés à une réunion de concertation.