Entretien réalisé par Nordine Azzouz
Reporters : Si on vous dit que votre roman est fait pour être une pièce radiophonique et qu’on le lit volontiers comme on écouterait agréablement une histoire à la radio, que répondriez-vous ?
Meriem Guemache : Ce serait une pièce théâtrale qui prendrait des heures à moins d’en faire un résumé. Cela me fait sourire. Ce serait en tout cas une belle fusion entre mes deux passions : mon métier de productrice – animatrice de radio que j’exerce depuis 32 ans et celui d’écrivaine commencé il y à peine 5 ans.

Il y a chez vous un réel talent de narratrice qui pourrait faire de vous, pourquoi pas, une romancière capable d’aborder avec succès des titres d’un genre sentimental comme celui popularisé par exemple par une autrice comme Barbara Cartland…
C’est trop d’honneur de me comparer à Barbara Cartland. Je suis juste une autrice qui aime écrire sur notre humanité. Mon but est d’apporter du bonheur aux lecteurs, les faire évader de leur quotidien, les faire voyager et aussi les questionner sur certains sujets qui font notre société. Zelda, mon héroïne est un personnage positif. En dépit de son mariage raté, elle continue à voir le verre à moitié plein. A 40 ans, elle espère encore le meilleur de la vie. La réussite professionnelle. L’amitié. L’amour…. Au hasard d’un reportage à Palerme, elle fait la connaissance de Lorenzo. Il se passe quelque chose de fort entre eux. Parce que l’amour est universel et ne connaît pas de frontières, elle va se laisser embarquer tout en sachant qu’elle devra affronter sa mère Aicha qui cristallise tous les interdits de la société algérienne régie par les tabous, les contradictions, les qu’on dira-t-on…

L’allusion à Barbara Cartland est suggérée par l’observation que vous ne semblez pas avoir peur des clichés et des stéréotypes des amours contraints, mais triomphants et de ceux qu’on peut rencontrer dans «Harlequin». N’avez-vous pas l’impression d’avoir joué – avec succès d’ailleurs – sur le poncif de ce genre romanesque ?
Harlequin ? Non… Je ne m’identifie pas à cette collection. Parler d’amour ne signifie pas mièvrerie. L’amour j’en parle, mais pas que. Il est également question de la condition de la femme dans notre société. Je ne suis pas une militante féministe, mais étant une femme qui vit dans cette société, je suis témoin chaque jour de certains dépassements dont je voulais parler. Harcèlement. Sexisme… Qui mieux qu’une femme peut en parler? Dans mon roman, il y a beaucoup de références culturelles: musique, cinéma, récits de voyage… A travers cette romance, on voyage et on découvre des endroits et des histoires comme l’île de Sainte Marguerite aux larges marges de Cannes où reposent environ 600 algériens faisant partie de la smala de l’Emir Abdelkader et décédés en exil sur cette île au 19e siècle. On marche aussi sur les traces de Camus à Tipasa… On va aussi à Ain Madhi avec Aurélie Picard et Ahmed Tidjani…

En tant que femme portant un regard détaché sur elle-même, sur les hommes et le monde qui l’entoure, il y a chez Zelda de l’humour, de la lucidité, un certain cynisme et un regard féroce sur la société, ses faux semblants et ses hypocrisies, le regard qu’elle porte sur la femme seule…
Oui… ce n’est pas évident d’être une femme de son temps dans cette société. Zelda le découvre à ses dépens. En tant que femme divorcée, elle subit les assauts répétés d’hommes qui se croient tout permis. Ceci n’est pas une fiction. Des amies divorcées me racontent être lourdement sollicitées parce que dans notre société on assimile le statut de femme divorcée à femme libre, voire dévergondée.

Vous êtes connue pour être une nouvelliste. Avec «Zelda», vous semblez être plus à l’aise dans le roman, pourtant…
Quand je me suis lancée dans l’écriture j’ai préféré adopté la prudence. Je me suis dit qu’il valait mieux commencer.par un recueil de nouvelles. C’est ainsi que La demoiselle du métro est née. Malila Boussouf journaliste qui en a signé la préface m’a dit «Tu sais c’est plus difficile d’écrire des nouvelles»… Étrangement je suis plus à l’aise avec ce genre littéraire. D’ailleurs il y a un projet de recueil en chantier actuellement…