Entretien réalisée par Sihem Bounabi
Reporters : Quel est votre sentiment sur l’assassinat de Djamel Bensmaïl ?
Maître Boudjemaa Ghechir : C’est un crime épouvantable dans toute l’acception du terme. Je ne comprends pas encore comment on a pu en arriver là et comment on a pu brûler vif un citoyen venu accomplir une bonne action et aider ses compatriotes dans leur lutte contre le feu. C’est épouvantable et impensable. En tant que citoyen, je suis outré et humilié que la police n’ai pu empêcher un tel acte. Je ne jette pas la pierre aux éléments de la police qui étaient présents sur les lieux de la tragédie, car, visiblement, eux-mêmes étaient en danger, mais je considère qu’il pouvait y avoir un moyen de ne pas laisser la victime face au danger de la foule et la laisser dans sa folie s’emparer de lui.

Quelle est la procédure pour le déroulement de l’enquête et combien de temps va-t-elle durer ?
La procédure se déroule selon ce que dit la loi. Les personnes arrêtées seront interrogées et éventuellement inculpées et déférées devant un juge d’instruction qui s’attachera à faire la lumière sur ce qui s’est passé. Cela se terminera par le procès des personnes contre lesquels il existe des charges suffisamment graves en ce qui concerne cet assassinat. Pour le temps de la procédure, je ne peux pas vraiment me prononcer car je ne suis pas proche du dossier. Mais en tant que citoyen, je souhaite que les choses se passent relativement rapidement. Toutefois, il faut se méfier d’une justice expéditive. Il faut faire confiance à la justice et lui donner le temps de travailler convenablement. J’insiste sur le fait que les citoyens doivent faire confiance à la justice, c’est un principe constitutionnel. On n’a pas le droit de se méfier, ni de se défier de la justice, mais la justice en contrepartie doit jouer son rôle sans aucune hésitation.

Quelles sont les peines possibles pour les personnes reconnues coupables dans cette tragique affaire ?
La condamnation possible quand il y a crémation et mort d’homme, c’est la condamnation à mort. Même si l’exécution de cette peine est suspendue actuellement en Algérie, car soumise à un moratoire, cela n’empêche pas le juge de la prononcer. La condamnation à mort relève du judiciaire, puisque c’est le juge qui la prononce, mais l’exécution de cette condamnation relève de l’exécutif. C’est-à-dire c’est le gouvernement qui peut décider de poursuivre la condamnation à mort comme il peut décider de la suspendre plus longtemps encore.

Beaucoup affirment que le risque d’une poussée haineuse entre les Algériens est posé. D’accord avec cet avis ?
Oui, le risque est très présent. D’autant que le contexte général est à la manipulation et aux supputations les plus inquiétantes. Les citoyens algériens doivent être vigilants et doivent être conscients qu’ils doivent s’employer à défendre l’unité de leur pays avant tout.
Les Algériens doivent absolument se rassembler et signifier à quiconque qu’ils sont solidaires et qu’ils sont pour l’union de leur pays et que l’Algérie est une et indivisible. Voilà ce que doivent s’employer à faire les Algériens, la société civile, les partis politiques, les intellectuels et tout le monde. Je constate que la société civile est devenue une force clé dans le pays, elle doit s’organiser davantage et se manifester encore plus sur le terrain de la lutte et la sensibilisation également.