Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Une semaine après la journée de protestation, le 3 novembre, organisée par l’Intersyndicale de la santé pour réclamer l’application des décisions du Président de la République concernant le dossier Covid, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a reçu le SNPSP, que vous présidez, ainsi que les représentants du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu) et le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP). Que ressort-il de cette rencontre, d’autant plus que le ministère de la Santé a publié un communiqué pour dire que «l’ensemble des dossiers et préoccupations exprimés lors de cette rencontre seront pris en charge» ?
Lyes Merabet : Effectivement, les représentants des trois syndicats ont été reçus par le ministre de la Santé qui nous a informés que le Premier ministre a donné son accord officiellement pour le versement des 5e et 6e tranches de la prime covid et que cela va être réglé dans les tout prochains jours. Il reste, certes, le versement de la 7e tranche, puisque nous avons déjà entamé le 7e trimestre, mais étant donné qu’un effort a été fait dans le sens de la résolution des blocages concernant le versement des primes, on considère que c’est en bonne voie.
Pour les autres points, concernant le dossier covid, la décision qui a été retenue c’est de commencer à travailler officiellement pour trouver les voies et les moyens d’appliquer les décisions du Président de la République, notamment concernant l’assurance maladie à 100% pour les professionnels de la santé au lieu de 80 %. Cela demande un travail en commission technique mixte et en coordination avec le ministère du Travail et la Caisse d’assurance maladie. Il s’agit également de faire un état des lieux avec des dossiers bien ficelés pour l’octroi du capital décès aux familles endeuillées par la perte d’un des leurs, professionnel de la santé, des suites des complications dues à sa contamination au coronavirus. Il s’agit pour cela de formuler des dossiers qui démontrent le lien de causalité entre le décès des personnes et les complications de la maladie de la Covid-19 afin d’indemniser les familles comme l’a annoncé le Président de la République.
Je pense que c’est un travail qui devait être commencé depuis longtemps, mais le plus important c’est que concrètement, suite à cette réunion, il y a un engagement du ministre de la Santé devant les représentants des trois syndicats pour installer rapidement une commission ministérielle pour traiter rapidement ce dossier et que les partenaires sociaux seront associés à ce travail afin de mettre en place les conditions de l’application des décisions prises par le Président de la République. Il y a également le dossier de la reconnaissance de la maladie en tant que maladie professionnelle. Je tiens à souligner qu’à ce niveau, le ministre de la Santé nous a informés que d’autres secteurs réclament le classement de cette maladie comme maladie professionnelle, ce à quoi nous avons répondu que le secteur de la santé est prioritaire concernant ce dossier.

Pourquoi pensez-vous que le secteur de la santé est prioritaire par rapport à d’autres secteurs pour la reconnaissance de la maladie covid comme maladie professionnelle ?
Sincèrement, je pense que concernant le classement de la maladie covid comme maladie professionnelle, c’est une question de bon sens, de responsabilité et de décence. Comme nous l’avons souligné au ministre de la Santé, je rappelle que durant l’année 2020, et même lorsque la situation s’est dégradée, des activités se sont arrêtées et plusieurs fonctionnaires et travailleurs sont restés chez eux et leur salaire était assuré y compris les primes. Maintenant oser se positionner avec le secteur de la santé avec tous les risques que nous avons pris et les conséquences que cela a engendrées avec plus de 400 décès et des dizaines de milliers de contaminés dans les rangs des professionnels de la santé, dont certains collègues traînent des séquelles jusqu’à présent et n’ont pas réussi à reprendre le travail à cause des complications de la maladie. Je considère, qu’aujourd’hui, d’autres secteurs viennent se mettre au même niveau que celui de la santé et demander que la maladie soit reconnue comme maladie professionnelle, le secteur de la santé est prioritaire.
Cela a été fait dans la plupart des pays dans le monde et je pense que l’Algérie ne doit pas faire exception. Nous voulons que la covid soit reconnue comme maladie professionnelle pour le secteur de la santé, et pour les autres secteurs, il faudrait étudier au cas par cas et ne pas généraliser.
Et j’insiste sur le fait que c’est un peu osé, pour ne pas dire indécent, de se situer au même niveau que le secteur de la santé et de demander que cela soit reconnue comme maladie professionnelle dans d’autres secteurs. Ce que disent les autres autour de nous, c’est légitime, mais entre la légitimité et la justesse de la revendication il y a matière à disserter.

Finalement, suite à cette réunion avec le ministre de la Santé, pensez-vous que les revendications de l’Intersyndicale concernant le dossier covid vont aboutir ?
Nous prenons acte de ce qui a été dit, car nous avons la responsabilité de représenter dignement et fidèlement nos adhérents. Je pense que c’est une bonne chose et c’est tout à l’honneur du ministre de la Santé qui a bien voulu inviter les représentants des trois syndicats qui étaient derrière la journée de protestation pour leur annoncer en personne et directement, au nom du Premier ministre, les décisions qui ont été prises pour trouver des solutions à cette situation. Sincèrement, j’espère que cela va aller dans le sens de l’application concrète de ces décisions, que ce soit pour le versement des primes ou pour le travail qui doit se faire en commission technique mixte pour apporter des solutions aux autres directives. En tant qu’Intersyndicale, à la lumière des informations qui ont été données directement par le ministre de la Santé, chargé par le Premier ministre de nous transmettre ces informations concernant l’engagement des actions qui vont être menées pour l’application des décisions du Président de la République concernant le dossier Covid, on va laisser un peu de temps pour voir l’état des lieux et évaluer ce qu’il y a lieu de faire.