En marge de la vente-dédicace à la librairie Média-Plus, Mme Aslaoui s’est prêtée volontiers au jeu des questions-réponses. Droite dans ses bottes, comme toujours, elle nous a quand même tout dit, mais pas assez.

Constamment gentlewomen, notre interlocutrice n’a voulu, apparemment disserter que sur son monde qu’elle trouve «serein et sans nuages». Alors, sans aucun filtre, nous vous livrons ses sentiments après les deux articles critiques que nous avons publié récemment sur son dernier recueil de nouvelles.

Reporters : Dans votre dernier roman « Raison garder », nous avons relevé, de même que plusieurs de vos lecteurs, votre style léger et ludique pour raconter les tracasseries de l’Algérien au quotidien. Est-ce un virage dans votre configuration du vécu au pays ?
Leïla Aslaoui : Il ne s’agit pas d’un changement dans l’écriture, mais plutôt dans le genre littéraire, à savoir onze nouvelles et non un roman. «Raison garder» parle du quotidien ô combien difficile et violent de l’Algérien. La bureaucratie, l’hypocrisie sociale, l’incivisme… pour ne citer que ces exemples. Peut-on rire de ces fléaux ? C’est le défi que j’ai voulu relever afin de ne pas pleurer et de partager avec le lecteur cette dérision. Mais derrière celle-ci se cachent des messages forts pour dire notre désarroi.  

Pendant le débat sur votre dernier ouvrage, les présents revenaient sans cesse vers Mme Aslaoui la militante, la juriste et la ministre. Y a-t-il encore de la place pour l’écrivaine qui a quand même publié une vingtaine d’ouvrages ?
Tant que l’écriture demeurera un plaisir et qu’existera l’inspiration, je continuerai à écrire.

On assiste à « une guerre », qu’on aurait voulue culturelle, entre Boudjedra, d’une part, et Daoud et Khadra, d’autre part, après la publication du pamphlet «Les Contrebandiers de l’histoire» du premier cité. Qu’en pensez-vous ?
Je ne pense absolument rien car je ne me suis pas intéressée à ce que vous désignez de «guerre entre écrivains» et n’ai nullement l’intention d’y prêter un quelconque intérêt. Dieu merci, je vis loin de ces polémiques. Mon monde à moi est serein et sans nuages.

On connaît Mme Aslaoui très éclectique dans ses choix et dans ses œuvres. Alors à quand un livre référence sur la décennie rouge, sachant que tout ce qui a été publié pour le moment s’apparente plutôt à des « Moi, je… », ou à des romans, jamais de témoignages, ni de faits qui deviendront, forcément historiques ?
Pour ma part, je vous renvoie aux «Années rouges», Casbah Editions, que j’ai écrit pour témoigner sur le terrorisme islamiste que nous avons subi. Pour les autres auteurs, je ne sais pas, à chacun de s’assumer.  

Des indiscrétions laissent paraître que vous êtes sur un nouveau livre. Peut-on en connaitre la trame ?
J’ai, en effet, un projet d’écriture, mais il est pour l’instant embryonnaire.  

La situation du livre, vous en conviendrez, est dramatique. On en parle comme une race en voie de disparition. Pourquoi l’Etat, si apte à subventionner tout et n’importe quoi, ne s’intéresse-t-il pas au livre ?
Il serait, me semble-t-il, judicieux que soit un jour instauré un débat sérieux sur cette question. Pour autant, le livre est touché par la crise et cela ne date pas d’hier.