Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Nous célébrons aujourd’hui le double anniversaire des Printemps noir et berbère. Comment évaluez-vous l’évolution de la revendication amazighe ces dernières années et qu’est-ce qui reste à faire ?
Brahim Tazaghart : Nous sommes devant l’impératif de fournir beaucoup d’efforts et de travail pour la promotion de tamazight. Ce qui mettra l’Etat en premier lieu devant l’impératif de promulguer une loi organique portant promotion de tamazight pour que l’article 04 de la Constitution, qui stipule que l’Etat œuvre pour la promotion de tamazight et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national, ne soit pas un article muet. Il faut promulguer une loi organique portant promotion de tamazight afin de définir les étapes à suivre en vue de l’application de l’article 04 de la loi fondamentale. Il faut également adopter un projet quinquennal ou décennal pour la promotion de tamazight et mise en fonction de l’Académie de tamazight créée en 2018 avec son renforcement en compétences scientifiques crédibles.
Quand vous dites renforcement des compétences de l’Académie de langue amazighe, est-ce que l’on comprend que vous avez des réserves sur sa composante, d’autant plus que l’académie n’a pas fait de bilan depuis sa création, il y a maintenant trois ans ?
Effectivement et malheureusement, l’Académie de langue amazighe n’a aucun bilan à présenter depuis sa création en 2018. Je pense que sa création répondait à un impératif politique. Sa composante a été choisie sur la base de diplômes sans autre compétences linguistiques en tamazight et sans aucune publication. Ce que je considère comme une faiblesse. Mais l’important aujourd’hui, et en ces moments-là, est que l’académie entame le travail pour lequel elle a été créée. Nul ne peut contester l’impossibilité de sa mise en fonction pendant la première année du Hirak, mais maintenant que la situation s’est stabilisée, il faut absolument revenir aux projets structuraux pour la promotion de la langue et culture amazighes.

En dépit des lacunes et manquements que vous soulevez, l’Etat a entrepris des démarches comme la communication en tamazight et on a vu aussi aux frontons des institutions publiques des inscriptions en tamazight …
La question amazighe reprend sa place naturelle dans les institutions de l’Etat. Nous avons à titre d’exemple l’Armée nationale populaire qui se définit comme héritière des royaumes amazighes et son génie de la bataille de Zama survenue en l’an 202 avant J.-C. et le roi Massinissa.

Vous êtes parmi les militants qui plaident pour la généralisation de l’enseignement de tamazight. Quel constat faites-vous dans ce registre ?
Pour être plus clair, je plaide pour qu’il y ait obligation de l’enseignement de tamazight avec généralisation graduelle de son enseignement dans toutes les régions du pays. Je trouve qu’il est aberrant qu’un parent d’élève interdise à son enfant d’apprendre tamazight à l’école.

A quoi renvoyez-vous ce rejet social de tamazight ?
Il n’y a pas de rejet social, mais un refus idéologique de certaines parties qui instrumentalisent autrui contre tamazight. Malheureusement, nous vivons ce problème de l’extrémisme idéologique identitaire qui veut pourrir la vie aux Algériens.

Ne pensez-vous pas que la non-normalisation de la langue amazighe constitue une entrave à son enseignement ?
Non, ce n’est pas du tout un problème. L’Académie de langue amazighe va trancher lorsqu’elle commencera le travail. Ajoutons à cela qu’on ne peut pas parler de normalisation alors que la principale institution créée dans cet objectif n’a pas entamé le travail qui est le sien. Je rappelle que les départements de langue amazighe de Béjaïa, Tizi Ouzou, Batna, Bouira et Alger travaillent déjà sur ce sujet.