Dans cet entretien, le président de l’Organisation nationale des transporteurs algériens (ONTA) nous parle des dernières mesures prises à l’encontre des transporteurs privés, lors de la réunion qui a regroupé les syndicats et le ministre des Transports.

M. Bouraba tient à préciser que la hausse des tarifs des transports, appliquée dès le 10 janvier, est fixée à 10%. Selon lui, si les pouvoirs publics ne changent pas de stratégie de gestion du transport privé, en 2023, plus de 50% des transporteurs auront disparu.

Reporters : Vous avez assisté à la réunion, dernièrement, entre le ministre des Transports, Abdelghani Zaâlane, et des représentants de syndicats des opérateurs du transport collectif des voyageurs urbain et suburbain et des syndicats de taxis, organisée au siège du ministère. Le sujet principal débattu est celui de la tarification. Le ministre parle d’une hausse symbolique du prix des transports, êtes-vous satisfait de cette décision ?
Hocine Bouraba : D’abord, je précise que la hausse a été fixée à 10%. Satisfait ou pas, nous, les syndicats avons priorisé le client avant tout. Nous savons que l’année 2018 promet des augmentations pour différents produits, donc nous ne voulons pas aggraver les choses pour les citoyens surtout pour les bourses moyennes, car ce sont eux qui utilisent souvent le transport comme moyen pour se déplacer au travail. Ensuite, il faut reconnaître que c’est la première réunion tenue avec un ministre des Transports et qui a eu des résultats concrets. Pour nous, les syndicats, c’est un exploit donc, car nous ne pouvons oublier les multiples engagements que nous avons eu de la part des ministres précédents, et cela fait plus de deux ans, et qui n’ont pas été réalisés.
En 2016, une réunion avait eu lieu avec l’ex-ministre des Transports, qui s’était engagé, face à cinq syndicats des transports, dont l’ONTA, à régler la situation en convaincant les transporteurs de ne pas augmenter les prix. Et c’est ce qui s’est produit. Ensuite, une autre réunion s’est tenue en janvier dernier, lors de la deuxième augmentation des prix des carburants, où nous avons convenu de maintenir les tarifs, mais à condition que l’Etat tienne ses promesses, à savoir le gel de l’octroi des lignes privées du transport terrestre collectif de voyageurs, urbain et inter-wilayas. Mais depuis, rien n’a été fait jusqu’à cette fois. Il faut reconnaître que le transporteur privé est très affecté par ces hausses et les charges qui pèsent sur lui. L’ONTA a même envoyé un écrit au nouveau ministre des Transports et au Premier ministre concernant ces problèmes en demandant une audience. Cela fait plus de deux ans que nous courrons à droite et à gauche pour préserver les droits des transporteurs privés.

D’autres syndicats trouvent cette hausse en deçà de leurs espérances. Pourquoi ?
Si on regarde bien les choses, cette hausse ne suffit pas à régler les problèmes des transporteurs car en plus, il y a les charges fiscales qui pèsent sur eux.
D’autres revendications principales étant l’effacement des pénalités ainsi qu’un échéancier à long terme aux transporteurs afin de payer leurs impôts. Il faut savoir que 70% des transporteurs n’ont pas payé leurs impôts, d’où la nécessité d’appliquer des mesures de facilitation. Sans oublier le renouvellement du parc national de transport. Sur ce point, nous avons appelé l’Etat à appliquer l’exonération de la TVA et des taxes douanières lors de l’achat de bus, mais aussi un délai de pas moins de 10 ans pour le remboursement des crédits.

Outre la tarification, quels ont été les autres points évoqués lors de cette réunion ?
Nous sommes convenus à bloquer les agréments des taxis sauf en cas de nécessité dans des wilayas qui en manquent, comme il a été décidé d’augmenter les tarifs des taxis collectifs de 5 dinars, car il faut savoir que beaucoup d’entre eux ont arrêté leur activité à cause des tarifs bas. Actuellement, ils sont au nombre de 20 000 taxis collectifs sur le territoire national. Avec ce nouveau tarif de transport, nous voulons encourager ce genre d’activité. Autre point, celui des charges fiscales. Le ministre s’est engagé à nous accompagner pour régler la situation au niveau du ministère des Finances. Aussi, il a été décidé de revoir la situation des receveurs et chauffeurs en termes d’assurance. Car il faut savoir que dans ce secteur les receveurs et chauffeurs ne sont pas stables et changent à chaque fois de propriétaire. Nous avons donc proposé que l’assurance se fasse une fois par an, ce qui a été accepté par le ministre qui prévoit de soulever la question au niveau du ministère du Ttravail. Il faut savoir également que le secteur du transport privé compte 1 million de travailleurs et plus de 90% ne sont pas assurés à cause de ce problème.

Quelle leçon avez-vous tiré en tant que syndicat de cette situation ?
Je dirai que le transporteur privé se retrouve entre le marteau et l’enclume. D’un côté, il a des charges qui pèsent sur son activité, des prix de carburants en hausse chaque année et, d’un autre, il ne veut pas accentuer les problèmes du pouvoir d’achat du citoyen.
Je dirai aussi que si les pouvoirs publics ne changent pas de stratégie de gestion du transport privé, en 2023, plus de 50% des transporteurs disparaîtront. Il faut réfléchir dès à présent à changer de stratégie en installant une commission qui regroupera non seulement le ministère des Transports avec les syndicats, mais plusieurs secteurs, comme les finances et le travail.