Propos recueillis par Nordine Azzouz
Reporters : Récemment, votre entreprise, CCL Secure, a organisé un tour de table virtuel sur le billet de banque en polymère. Des opérateurs et des journalistes algériens ont été conviés. Etait-ce une manière d’intéresser la Banque d’Algérie à ce produit ?
Hakam Saadi :
L’objectif du webinaire fait partie d’une stratégie globale visant à fournir des informations sur les avantages des billets de banque en polymère au grand public. CCL est en contact direct avec les Banques centrales qui évoquent souvent des inquiétudes au sujet de l’acceptation du public, bien que sa réaction sur les marchés où les billets de banque en polymère ont été lancés ait été plutôt positive. L’utilisation des billets de banque en polymère est maintenant à un point de basculement, il semblait donc opportun de faire part des raisons pour lesquelles de nombreux marchés se tournent vers le polymère. Le Canada, l’Australie, l’Angleterre et bien d’autres pays ont déjà basculé l’ensemble de leurs séries de billets de banque vers le polymère et les résultats de ce changement ont été hautement positifs.

Plusieurs pays, 35 au total, ont adopté le billet de banque en polymère. Quels sont ses avantages pour un pays comme l’Algérie où le cash est prépondérant ?
Toutes les discussions avec les Banques centrales sont toujours confidentielles. Toutefois, les principaux avantages de l’utilisation du polymère publiés par les Banques centrales du monde entier sont la résistance à la contrefaçon, la durabilité et la longévité (3 à 5 fois la durée de vie des billets de banque en papier), la recyclabilité à 100%, et la mise en circulation de billets de banque plus propres, de meilleure qualité. Tout aussi important, grâce à la durabilité des billets de banque en polymère, plus de 50% de billets en moins doivent être achetés ou imprimés, ce qui permet aux Banques centrales de réduire leurs dépenses de dizaines de millions de dollars chaque année. Lorsque les pays impriment leur propre monnaie, moins de nouvelles lignes d’impression sont nécessaires, ce qui se traduit par des économies de coûts supplémentaires en devises étrangères de centaines de millions d’euros ou de dollars.

Combien coûte la fabrication d’un billet de banque en polymère comparativement au billet traditionnel ?
Lorsqu’il s’agit de l’impression proprement dite des billets de banque, il n’est pas plus coûteux d’imprimer sur du polymère que sur son équivalent en papier coton. Bien que le support soit légèrement plus cher et, par conséquent, une Banque centrale peut payer de 25 à 50% de plus par billet. Les billets de banque en polymère durent environ 3 à 5 fois plus longtemps que les billets en papier, ce qui permet de réaliser des économies de plus de 50% sur les coûts d’achat des billets de banque finis, dont une grande partie en devises étrangères. En fait, les données publiées par d’autres Banques centrales pour une série entière de billets de banque en polymère indiquent que les économies proportionnelles pourraient potentiellement atteindre 300 à 500 millions de dollars sur 10 ans.

On imagine que CCL Secure a déjà entrepris des contacts avec le partenaire algérien à ce sujet… Y a-t-il eu du répondant depuis ?
CCL Secure préfère travailler directement avec les Banques centrales et applique des politiques strictes en matière de confidentialité et de conformité. CCL Secure a été l’un des membres fondateurs de la Banknote Ethics Initiative (BnEI), une initiative établie pour apporter des pratiques commerciales éthiques, en mettant l’accent sur la prévention de la corruption et sur le respect de la loi antitrust dans le secteur des billets de banque. Lorsque des partenaires sont nécessaires, CCL les engage sans contrat de commission. Cela réduit considérablement le risque de non-conformité et permet à la Banque centrale de réduire les coûts et les risques. CCL Secure a aidé les Banques centrales et les Autorités d’émission du monde entier à passer du papier au polymère. Nous avons la réputation de travailler en partenariat avec les banques et les imprimeries d’Etat pour assurer une transition sans heurts du papier aux billets de banque en polymère.

Si la Banque d’Algérie décide de passer au polymère Guardian, cela représenterait une quantité de combien de billets de banque à recycler ? Avez-vous fait une estimation du marché algérien à ce sujet et combien durerait, selon vous, la transition vers le billet en polymère ?
Les billets de banque en polymère sont 100 % recyclables et ont un bien meilleur impact environnemental comparativement aux billets en papier, et ce, dans toutes les catégories de durabilité. En fait, en 2017, la Banque d’Angleterre a reçu le Prix de l’empreinte carbone grâce aux billets de 5 £ et 10 £ qui sont devenus des billets en polymère. CCL s’engage à ce que 100% des déchets d’impression et des billets en polymère en fin de vie soient recyclés. Pour un pays de taille et de population similaires, les trois sites de fabrication de CCL sont en mesure de pleinement satisfaire la demande. CCL fabrique aussi bien le film de base Clarity C que le support polymère Guardian, alors que l’impression peut être effectuée localement dans les marchés où les imprimeries de billets de banque appartiennent à l’Etat. Si toutes les parties travaillent ensemble, la transition vers les billets de banque en polymère prendra de 12 à 18 mois avant le lancement initial. CCL dispose d’une équipe de services techniques qui possède une vaste expérience dans la formation des employés des Hôtels des Monnaies avant et pendant le lancement initial des billets en polymère, ainsi que dans l’assistance aux activités de lancement et à la transition du traitement des billets.