Hacene Aït Benamer, fort de son expérience sur le terrain, nous livre dans cet entretien à quoi fait face sa profession en cette période de pandémie du coronavirus.

Reporters : Nous allons entamer une quatrième semaine de mesures de confinement plus ou moins appliquées selon les régions pour lutter contre la propagation du Covid-19. Comment votre profession réagit-elle par rapport à cette situation d’exception ?
Hacene Aït Benamer : Dans notre profession, le risque contamination est très élevé. C’est pourquoi, à partir de cette donne, l’Ordre régional des médecins-dentistes d’Alger, en sa qualité de représentant de l’ensemble de la corporation des praticiens privés et publics, n’a eu de cesse depuis le début de cette crise sanitaire de collaborer étroitement avec l’ensemble des praticiens, afin de les sensibiliser et de les informer de l’ensemble des recommandations relatives aux mesures d’hygiène au sein des cabinets dentaires ainsi qu’aux modalités particulières de prise en charge des patients, telles que préconisées par l’Organisation mondiale de la santé, visant à briser la chaîne de contamination du Covid-19. L’ensemble des études sanitaires réalisées à l’échelle mondiale, en effet, placent le médecin-dentiste ainsi que son personnel soignant en tête de liste de la contamination croisée, en raison de la haute concentration virale du Covid-19 dans la salive des patients ainsi que la proximité des soins qui leur sont dispensés. Les nébulisations de sang et de salive consécutives à l’usage, très souvent incontournables, d’une instrumentation rotative viennent amplifier la propagation virale.

D’où le choix de votre profession d’interrompre son activité ?
Oui, d’autant que nous faisions face aux difficultés d’approvisionnement en moyens de protection et de désinfection (masques FFP2, sur-blouses, calots, visières de protection, gants, gel hydro-alcoolique, nettoyants surface) indispensables à la santé des citoyens et du personnel soignant, et par crainte de voir nos cabinets dentaires se transformer en véritable épicentre de cette pandémie. Donc, la décision de fermer nos cabinets ne s’est pas fait attendre.

Dans l’hypothèse où la période de confinement venait à se prolonger, quelles en seront les conséquences sur la profession ?
La mise à l’arrêt des cabinets dentaires sera plus difficile à gérer. Elle sera d’autant plus lourde à supporter que la majorité des professionnels ont de nombreuses charges incompressibles à assumer, notamment le paiement de la location du cabinet. Non sans parler des salaires du personnel qu’il faudra assurer même s’il ne travaille pas. Mais nous restons optimistes.

Le gouvernement vient d’annoncer des mesures d’aides aux bénéfices des professions des libérales en arrêt d’activités, qu’en pensez-vous ?
Si ces mesures concernent un différé de paiement des cotisations de la Cnas, Casnos, IRG et le remboursement des crédits bancaires contractés par de nombreux nouveaux confrères pour leurs besoins d’équipement en instruments de travail indispensables pour exercer leur profession, il va sans dire que c’est une bouffée d’oxygène. Toujours est-il que, pour l’heure, je pense qu’il est trop tôt de porter un jugement sur ces mesures exceptionnelles.

Peut-on connaître le nombre de cabinets dentaires au niveau de la wilaya d’Alger?
Pour la période 2019-2020, il a été accordé 220 certificats de conformité d’installation de cabinets dentaires dont la plupart sont des jeunes. Je dois dire que ces derniers vont devoir s’armer de patience car faisant face à un manque à gagner alors qu’ils ont un grand besoin de faire recette compte tenu des investissements qu’ils ont consentis pour pouvoir exercer dans de bonnes conditions et répondre aux besoins de leur patients. Et par crainte de voir nos cabinets dentaires se transformer en véritable épicentre de cette pandémie, le Conseil de l’Ordre des médecins-dentistes d’Alger ainsi que l’ensemble des confrères, très conscients de la nécessité incontestable d’assurer la continuité des soins d’urgence dans des conditions de sécurité absolue, se proposent de procéder avec le concours de la Direction de santé de la wilaya d’Alger à une centralisation transitoire des soins d’urgence auprès des établissements de santé (cliniques) privés ou publics en assurant un pôle de consultation d’urgence périodique, par l’ensemble des praticiens privés, au nombre de 1 600 sur la wilaya d’Alger, qui n’hésiteront pas à prêter main forte dans cette période difficile.

Malgré la décision de fermeture des cabinets dentaires, certains demeurent en activité. Pourquoi ?
Effectivement, mais faut-il savoir que certains praticiens disposant des moyens de protections ont opté pour continuer à exercer. Tandis que d’autres qui ont épuisé leur stock de protection attendent à ce jour d’être approvisionnés pour reprendre du service.