Après avoir galéré pendant une douzaine d’années dans les méandres de la bureaucratie tentaculaire locale, le docteur Bettache Hafidh a inauguré ce jeudi sa clinique d’endocrinologie-diabétologie située dans le nouveau pôle urbain de la ville de Koléa.
Il a obtenu l’agrément du ministère de la Santé la veille de l’inauguration seulement, à la faveur de la célébration de la Journée du 20 Août qui lui a permis d’être intégrée dans le programme des festivités de la wilaya.
Pour le Docteur Hafidh Bettache, réaliser cette clinique est une aventure qui n’a pas été de tout repos, n’était la ténacité et la conviction profonde d’offrir un service sanitaire digne de ce nom et l’engagement personnel pour accueillir les malades dans de bonnes conditions.

Reporters : Alors c’est le bout du tunnel enfin, après 11 années de démarches et de peine, pour réaliser cette clinique d’endocrinologie-diabétologie, n’est-ce pas Docteur ?
Bettache Hafidh :
C’est le moins qu’on puisse dire. L’aboutissement de ce projet a pu se réaliser, enfin, après avoir exercé de longues années dans le secteur public puis dans le cadre libéral. Depuis plus d’une dizaine d’années, j’ai senti le besoin de réaliser une clinique ambulatoire d’endocrinologie diabétologie qui puisse résoudre de multiples problèmes du diabète qui reste un problème de santé publique majeur dans notre pays, dont la prévalence ne cesse d’augmenter du fait du changement du mode de vie, de consommation, de la population qui vieillit, des méfaits de la civilisation moderne, etc.
La prise en charge chez nous étant ce qu’elle est, il fallait réfléchir à offrir de nouvelles structures plus adaptées pour une meilleure prise en charge du diabète et de ses complications d’où l’idée d’investir dans cette spécialité que je maîtrise bien. Après mon poste de maître assistant en hospitalo-universitaire à Mustapha-Bacha dans les années 1995, puis en tant que responsable de la première maison des diabétiques au Ruisseau, à Alger, créée dans le but de venir en aide aux malades diabétiques, une expérience hélas décevante, j’ai travaillé pendant 11 ans en tant que libéral avant de décider d’investir dans une clinique.
Quand je suis venu à Koléa en 1999, je peux dire que je ne connaissais pas du tout la région, je suis venu vers l’inconnu et je ne regrette pas, car mes efforts ont été récompensés.
J’ai déposé mon premier projet de clinique en 2009 et obtenu le terrain en 2015 dans le cadre de la concession. Mais je dois dire que ce n’est qu’hier (jeudi, NDLR) que j’ai eu mon agrément à la faveur de l’inauguration incluse dans le programme du wali des festivités du 20 Août. Après mille et une péripéties, j’ai obtenu le permis de construire en 2017 et aussitôt lancé les travaux en tant que maître d’ouvrage par souci d’économie (30%), qui devaient durer 26 mois et qu’on a pu réduire à 23 mois seulement.
Réalisée en autofinancement, la bâtisse occupe 560 m2 sur une superficie totale de 2 200 m2 avec un parking de 100 places. Réalisée en R+2, la clinique est organisée en quatre unités : une dédiée à la diabéto-endocrinologie avec trois boxes de consultations pour les médecins spécialistes, la deuxième pour la cardiologie, la troisième pour l’ophtalmologie et enfin la quatrième destinée au pied diabétique afin d’éviter les complications, en plus du laboratoire d’analyses doté d’équipements de dernière génération et tous les moyens de surveillance utiles. Nous serons 30 personnes à exercer dans la clinique et pouvons, Dieu merci, commencer à travailler après un long combat de 12 ans.
L’acte d’investir est très difficile en Algérie mais à cœur vaillant et avec de la volonté on peut y arriver.
Rien n’est impossible et j’encourage mes collègues et amis à se lancer dans l’aventure.

Alors, hasard du calendrier ou symbole prémonitoire à la fin d’une longue bataille contre la bureaucratie, que représente pour vous cette ouverture de la clinique Soummam en cette journée du 20 Août historique ?
En cette journée du 20 Août historique, sachez que je suis né dans la vallée de la Soummam d’où le nom donné à la clinique en hommage et souvenir de la région qui a abrité un grand congrès des militants de la guerre de libération. Je peux dire que j’ai de la chance et j’en profite pour rendre un hommage posthume à mes maîtres, collègues et amis décédés, dont ceux emportés par la Covid-19 qui m’ont beaucoup appris. Je pense en particulier à la famille des médecins diabéto qui a perdu de grands noms cette année dont notre maître Aît Mesbah et le professeur Aït Khalfa, les deux maîtres assistants Souad Tatay et docteur Benaziez décédés ces derniers mois.

Un dernier mot sur l’apport de cette clinique…
Mon souhait est que la clinique devienne un pôle de prise en charge des malades du diabète dans la wilaya de Tipasa et au-delà, pourquoi pas, grâce à une équipe multidisciplinaire qui exercera sur la base des dernières recommandations des sociétés savantes. La clinique Soummam prendra le diabète dans sa globalité, sans restrictions d’âge, et permettra de faire le dépistage et la prévention, aussi, dans notre pays qui compte 4 millions de malades.
Malgré tous les aléas, je tiens à remercier ceux qui m’ont aidé à réaliser mon projet et à ne pas désespérer face aux lenteurs et blocages bureaucratiques.