La Confédération algérienne du patronat (CAP) regroupe 15 fédérations qui embrassent tous les secteurs de l’économie nationale. Ce sont des centaines d’entreprises qui officient sous son œil protecteur et accompagnateur. A Constantine, El Hamel Merniz, membre du bureau national de la CAP, est le président du bureau de Constantine. Un vieux de la vieille qui a roulé sa bosse dans le domaine de la construction. Nous l’avons rencontré pour converser sur les effets de la Covid-19 sur le secteur économique, très affecté par le confinement et, par ricochet, des arrêts de plusieurs entreprises et sociétés.

Reporters : Après sept mois d’une presque totale inactivité des entreprises, quel bilan pouvez-vous faire de l’arrêt forcé de toute l’économie ?
El Hamel Merniz : Tous les secteurs ont été touchés. Cent pour cent des industries ont été à l’arrêt, sauf l’agroalimentaire qui a dû redoubler d’efforts pour pourvoir la population en denrées alimentaires, surtout en semoule et lait.
Je peux vous dire que le BTPH était à l’arrêt total et ce n’est qu’au mois d’août que ça a repris un peu. Même les entreprises de construction qui voulaient activer n’ont pas pu le faire à cause de l’arrêt des transports, donc du déplacement des ouvriers et de toute la main-d’œuvre. Les chantiers étaient gelés, il n’y avait pas d’alimentation en matériaux, les créances étaient irrécupérables. Bref, une immobilisation totale.

Il y a eu quand même un certain accompagnement de l’Etat, notamment en ce qui concerne le versement des salaires …
Oui, c’est un fait et une aide que personne ne pourra nier, surtout comme vous dites, pour les salaires. Mais il y a une réalité que l’on ne doit pas cacher. Ce sont ces milliers de travailleurs non déclarés, et ils sont nombreux, qui ne figurent sur aucune liste officielle, donc écartés de fait. De notre côté, on n’est pas restés les bras croisés. Nous avons été en constante relation avec les autorités, à leur tête le wali, pour essayer de trouver des solutions, même temporaires. Nous avons réussi à «décrocher» une aide pour la confédération qui s’est traduite par des aides et des compréhensions de la Cnas, le fisc, et surtout la suppression de la majoration des retards pour le paiement des impôts, mais cela n’a pas été suffisant.

Vous estimez qu’il y a eu des manques dans les aides de l’Etat ?
L’Etat aurait pu accompagner plus efficacement les entreprises pétrifiées par les retombées de la Covid-19. L’Etat a assuré des salaires, c’est bien, et nous applaudissons, bien que tous les secteurs n’aient pas été touchés. Mais il fallait aussi, et nous l’avons proposé, tendre la main plus efficacement aux entreprises. Nous aurions voulu des crédits remboursables à court terme, sans intérêts, pour assurer nous-mêmes salaires et fiscalités. Je vous donne l’exemple d’une dame d’affaires affiliée à la confédération. Les deux premiers mois, elle a réussi à payer ses travailleurs à l’arrêt, comme son entreprise. Le troisième mois, elle a emprunté pour les payer, le quatrième, elle n’a pas pu le faire et elle a craqué émotionnellement du fait de voir ses travailleurs sans revenus.

Peut-on affirmer aujourd’hui que la reprise est effective ?
Oui, c’est sûr. Des entreprises ont redémarré timidement, mais elles ont démarré. Mais la capacité financière est encore faible. Les plus grandes entreprises ont été touchées par les enquêtes initiées par la justice. Ces sociétés ont soit fermé, soit en suspens. Leurs capacités financières sont gelées ou saisies et, en plus, des dizaines de milliers de travailleurs sont à la rue. Il y a aussi l’administration qui a été un facteur de blocage pendant des mois. La majorité du personnel était à l’arrêt, et aucun responsable n’a pensé à remplacer les effectifs confinés. Pour avoir une simple autorisation de lotir, par exemple, il fallait attendre le retour de celui qui avait les formulaires, de celle qui avait les cachets, etc. Dans les banques, ce n’était pas mieux, c’était pire.»

Est-il encore temps de rattraper le retard ?
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Comme je l’ai déjà souligné, ça commence à bouger. Il va nous falloir un bon semestre pour faire un constat et évaluer ce qui a été rattrapé. Mais pour cela, je le dis et je le répète, les autorités locales et centrales doivent accompagner l’entreprise. Dans l’Algérie nouvelle, c’est cette entreprise, productrice de richesses, qui créera des emplois, boostera la consommation et mettra sur rails une économie qui n’en finit pas de boiter. Je le répète aussi, une administration plus sérieuse, moderne, sans entraves, locale et centrale, sera nécessaire pour redémarrer sur des bases solides.