Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Vous venez d’être réélu en tant que président de l’Unop pour un nouveau mandat de deux années. Quel est le bilan de votre mandat qui vient de s’achever ?
Dr Abdelouahed Kerrar : Le mandat que je viens d’achever a commencé en 2019 et expiré en 2021. Au courant de cette période, nous sommes passés d’une tutelle qui était le ministère de la Santé à une autre tutelle qui est le ministère de l’Industrie pharmaceutique. Et sincèrement, et sans aucune hésitation, la création d’un ministère dédié à l’industrie pharmaceutique a été salutaire. Il faut savoir que l’on souffrait réellement, car il y avait d’énormes problèmes administratifs. Alors que l’Etat voulait encourager la production, sur le terrain c’était diamétralement l’opposé qui se passait. Certes, au départ de cette nouvelle tutelle, il a fallu du temps pour que cela monte en puissance, mais cela s’est fait progressivement. Et même si cela reste insuffisant, on voit clairement que les producteurs arrivent à enregistrer d’une manière un peu plus rapide leurs produits. Il y a encore beaucoup de choses à parfaire, comme la rapidité des expertises par les experts cliniciens des dossiers… la nécessité d’une plus grande rapidité pour l’enregistrement.

Quelles sont les priorités du nouveau mandat que vous entamez ?
Réellement, nous avons plusieurs priorités. Tout d’abord, je tiens à souligner que nous nous sommes restructurés à l’Unop. Dans nos statuts, il y avait seulement les fabricants de produits pharmaceutiques et les opérateurs. Maintenant, on a élargi notre champ d’activités aux équipements et aux matériels médicaux, conformément à la réglementation des établissements pharmaceutiques. Par cette modification des statuts, nous comptons nous élargir à tous les métiers de la santé et permettre à l’Unop d’avoir un champ d’intervention un peu plus important. Il s’agit aussi de permettre aux opérateurs qui sont dans ces métiers de s’organiser sous l’aile de l’Unop en leur offrant une association qui est déjà créée depuis 1999 et qui est structurée. De ce fait, notre priorité première est de participer avec les autorités en donnant notre avis sur la réglementation. Ceci concerne notamment le cadre réglementaire de manière générale et, bien sûr, la montée en puissance de la production locale avec en priorité la couverture du marché interne. Nous avons aussi comme objectif de travailler avec les autorités pour lever les obstacles qui freinent l’exportation.

Justement, quels sont les dossiers importants que vous allez défendre ?
Le dossier prioritaire, pour nous, c’est étoffer l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, car elle manque encore de ressources pour faire face aux nombreuses sollicitations que lui font les producteurs. On a plus de cents unités de produits pharmaceutiques enregistrés et six cents autres sont toujours en attente d’enregistrement. Il faut que l’agence nouvellement créée anticipe et que l’on ne reproduise pas les erreurs du passé. Pour cela, l’agence devrait injecter des ressources humaines et matérielles pour lui permettre de faire face aux responsabilités qui sont assignées par la loi et la réglementation. Je pense réellement que si l’Etat investit dans cette agence de produits pharmaceutiques, le retour sur investissement arrivera très rapidement.
Il s’agit de la santé du citoyen et c’est un sujet qui est extrêmement important. Il faut donc mettre les moyens pour que cette agence puisse accomplir sa mission dans les meilleures conditions. Le deuxième point qui est tout aussi important, c’est le dossier de l’exportation où il y a beaucoup d’obstacles à lever. Cela fait des années que nous avons formulé des propositions aux autorités concernées.
L’exportation, pour nous, au vu du nombre important de producteurs pharmaceutiques, n’est plus une alternative mais une obligation pour que notre industrie reste pérenne.
Le troisième dossier prioritaire à défendre est celui de la politique des prix. Il faut savoir que ces deux dernières années, les prix de certaines matières premières ont flambé, les prix du fret aérien et maritime ont été multipliés par dix. Ce qui a sérieusement érodé les marges des producteurs.
Je donnerais l’exemple du paracétamol, où nous avons le prix le plus bas de la région, et la situation devient pratiquement intenable. De ce fait, bien qu’il y ait une amélioration par rapport à ce dossier, avec la publication d’un arrêté en 2020, maintenant, il faut mettre en place les mécanismes pour que cet arrêté des prix soit applicable.
Le quatrième point qui reste dans un cadre réglementaire, afin de garantir la qualité de nos produits, c’est une amélioration continue de nos installations. Pour cela, des outils réglementaires doivent continuer d’être mis en place, car cela reste le meilleur gage de la pérennité de notre industrie.

Pour conclure, quel est votre commentaire en tant que président de l’Unop sur la situation sanitaire actuelle ?
Le seul commentaire que je puisse faire, c’est que nous, à l’Unop, nous avons fait plusieurs campagnes de sensibilisation avec le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) dès le début de la pandémie. Dans ce cadre, nous avons fait des affiches que vous pouvez voir à l’entrée de la majorité des pharmacies pour rappeler les gestes barrières, pour sensibiliser sur le respect de la distanciation. Dès le lancement de la campagne de vaccination, nous avons également fait des affiches pour appeler les gens à se faire vacciner. Mais, réellement, notre inquiétude est qu’aujourd’hui, le vaccin est disponible mais il n’y a pas un engouement extraordinaire de la part de la population, malgré les drames que nous avons vécus dans toutes les vagues et surtout durant la dernière. Ce manque d’engouement de la part de la population est un réel sujet d’inquiétude et nous croyons que, soit on continue à sensibiliser en espérant qu’il y ait un impact, soit on met en place un cadre réglementaire un peu contraignant justement pour que les gens se vaccinent.