Reporters : La réflexion autour de l’ouverture du capital de certains groupes publics, comme annoncé par le ministre de l’Industrie, s’est confirmée à travers ses dernières déclarations. Faut-il comprendre que la question de la privatisation des entreprises publiques vient d’être remise au-devant de la scène économique du pays ? Qu’en pensez-vous ?
Brahim Guendouzi : Au vu de la situation économique, financière, commerciale et sociale que vit le secteur public marchand, ainsi que le contexte inédit dans lequel évolue actuellement l’économie algérienne, toutes les options susceptibles d’entraîner une croissance économique vigoureuse et une consolidation des structures économiques sont à examiner dans une vision stratégique. Il en est ainsi de la question sensible relative à la cession d’actifs des EPE. Le principe lui-même doit faire l’objet d’un consensus politique, dont les conditions ne sont pas totalement réunies. Aussi, même si l’option est retenue comme hypothèse forte, il appartient au Gouvernement de réunir l’ensemble des facteurs permettant une prise de décision consensuelle sur la question pour garantir la réussite du processus. Il ne faut pas tomber dans la précipitation dès lors que la démarche risque de s’avérer complexe et nécessiter ainsi beaucoup plus de temps, car, en définitive, ce qui importe c’est plus la réussite du changement structurel touchant une partie essentielle du tissu économique algérien.

Dans cette perspective, et d’après vous, pour éviter les erreurs du passé ne faudra-t-il pas être prudent, c’est-à-dire faire une sérieuse décantation entre les entreprises susceptibles d’être privatisées ou de leur accorder plus de soutien financier du moment où certaines sont en mesure de devenir performantes ?
Une fois la cession d’actifs d’une partie des EPE retenue sans ambages au sommet de l’Etat, comme option stratégique pour l’économie nationale, le pilotage du processus sera alors à l’ordre du jour. Dans ce cas, il y a lieu évidemment de tenir compte des écueils du passé et de retenir une nouvelle approche basée sur une critériologie et une évaluation rigoureuse des actifs, objets de la cession. Une expertise à plusieurs niveaux doit être réalisée avant de choisir les techniques à utiliser suivant les objectifs qui seront tracés par le Gouvernement. Le recours au marché financier représente un choix à privilégier de par l’impact positif qu’il aura sur l’évolution de l’économie nationale à moyen et long termes.

Autre commentaire sur la déclaration du ministre de l’Industrie ?
La déclaration du ministre de l’Industrie relève beaucoup plus de l’inquiétude face à la réalité du terrain, où un grand nombre d’entreprises publiques vivent une situation financière désastreuse, laquelle, même avec des financements du Trésor, ne peut être atténuée. Dans ce cas, il faut recourir à d’autres solutions, car on ne peut indéfiniment recourir aux ressources financières du Trésor alors que logiquement ce sont ces entreprises qui sont appelées à créer des richesses et à contribuer aux recettes publiques. D’un autre côté, il y a des EPE qui sont certes excédentaires financièrement mais qui ont besoin d’un nouveau management qui les rendra compétitives à l’international. Dans ce cas, un changement de statut pour ces EPE est souhaitable afin qu’elles deviennent de véritables champions de l’économie nationale.